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Envie de danser dans un Dépôt de Vente

Les Espagnols ont un énorme problème historique et psychologique vis-à-vis des produits d'occasion, ils y sont opposés. Le marché des voitures d'occasion est peut-être celui qui s'en tire le mieux mais pour tout le reste, il semble déshonorant d'acheter quelque chose qui ne soit pas neuf à coup sûr. Atavisme culturel, un point c'est tout. Nous avons une mentalité excessivement capitaliste et en plus nous comprenons mal ce capitalisme parce qu'y compris dans les pays qui jouissent d'un bon niveau économique, ils savent profiter des choses et les revendre. En Espagne tout se jette. Quand j'étais à Osaka, une fois par mois, les Japonais sortaient les affaires dans la rue et c'étaient bien souvent les étrangers qui récupéraient tous ces objets qui étaient du matériel pratiquement neuf et l'utilisaient à nouveau. Il faut dire à ce propos – du moins, d'après ce que j'ai pu en voir – que les Japonais ne peuvent investir dans l'immobilier, alors ils mettent leur argent dans de petites choses qu'ils balancent au bout de deux mois. Il s'agit d'un mixeur, une petite voiture d'enfant, un fauteuil, un grille-pain, un poste de télévision… en plus c'est le pays de la technologie… ils investissent donc dans du flambant neuf, des objets de loisir, du matériel pour apprendre des langues étrangères… et les voyages… que faire d'autre ! J'ai vécu là-bas, il y a vingt ans, je ne sais pas comment c'est aujourd'hui. Cette coutume, celle de sortir les affaires dans la rue, on la retrouve en Hollande, je le sais de source sûre et les Allemands recyclent et cherchent aussi une nouvelle vie… Toute l'Europe profite de ces choses-là, tous, sauf les Espagnols qui, après le coup de trique qu'ils viennent de recevoir, après la grande gifle reçue sur le plan économique, ces dernières années, après cette spéculation éhontée, ils ont reçu un bon coup sur le nez et je m'en réjouis. Malgré tout, ils n'ont pas l'habitude de changer les meubles contre d'autres à la boutique du Dépôt de vente, ni d'aller chez les antiquaires… Pourquoi donc ? De toute façon, les boutiques à cet effet sont très peu nombreuses et on y trouve des choses très chères. Dans un dépôt de vente, comme son nom l'indique, on laisse des objets (du linge, des appareils électroménagers, des affaires d'enfants, de la vaisselle, une bicyclette, une voiture…) en dépôt jusqu'à ce qu'ils soient vendus, ceux du magasin en tirent un pourcentage, dans certains cas oui, dans d'autres non… et voilà. Les Français vivent de ce négoce, c'est pourquoi beaucoup de magasins se consacrent à cela et on y vend de tout, des choses les plus anciennes jusqu'aux plus modernes.

                                            
               
Nous avons toujours appelé ces objets des objets dégriffés, puisqu'ils sont d'occasion, mais aujourd'hui on dit tout simplement que ce sont des articles d'occasion. Ici, en France, on appelle dépôt de vente, ce genre de magasin et on peut trouver de tout. Il y a aussi la Brocante ou les Antiquités où les prix sont beaucoup plus accessibles que chez nous parce que c'est un autre monde. Il y en a généralement un ou deux dans chaque localité et souvent les objets appartiennent au brocanteur, c'est-à-dire qu'il les a acquis dans différents dépôts de vente et il monte son petit commerce, voilà. Pour moi, tous ces types de magasins sont d'authentiques lieux d'histoire, l'histoire de l'Humanité. C'est une coutume en Europe d'organiser aussi des "vide-greniers", c'est-à-dire tout ce qu'on veut voir disparaître de chez soi, on les met en vente à bas prix et les autres viennent acheter. Avant un déménagement par exemple ou tout simplement quand on veut se défaire d'objets inutiles, les voisins du quartier peuvent venir te soulager et s'en vont tout contents avec ces objets de seconde main quand cela ne vaut pas la peine d'investir dans du neuf.
Aujourd'hui fait parti d'un de ces jours où je me dis : Pourquoi n'irais-tu pas faire un tour dans un de ces magasins que tu adores ? Jeter un coup d'œil ne mange pas de pain et même si tu succombes à la tentation, ça n'excèdera pas trente ou quarante euros ; les prix sont en général très bas et on peut se procurer de tout. Quel mal y a-t-il à tout cela ? Evidemment ça n'a rien à voir avec les achats de crèmes par exemple où là, l'escroquerie est manifeste, et on sait bien que les résultats sont bien souvent nuls : personne n'améliore sa beauté après l'usage de ces crèmes, on vieillit toujours aussi vite, sauf qu'on est un peu plus ruiné !

Je suis alors entrée dans la boutique et aussitôt une petite musique de discothèque m'a enchanté les oreilles, vous savez, ce genre de musique qu'on entend à peine mais qui vous poursuit de son rythme. Cela fait si longtemps que je ne suis pas allée à une discothèque, il y a bien, 20 ans, figurez-vous ! (Voilà ce que je me disais à moi-même). Quand Carmen González a donné sa première conférence… Quelle horreur ! Je passe dans le coin des ordinateurs et là, je commence à agiter un pied de droite à gauche, pin, pan, pin, pan, puis l'autre pied… pin, pan, pin, pan… et voilà que je commence à remuer les doigts de la main qui tient le sac, le tout au rythme de la musique que j'entendais… et allons enfants… la tête itou, tunga, tunga, tunga… me voilà maintenant dans la zone des vidéos… je constate que le magasin est tenu par des jeunes qui esquissent un petit sourire, mais bon, je pense que je ne suis vue par personne et je continue tranquille, dans les couloirs et je regarde partout. Ensuite, j'arrive dans le quartier des films, je vois que je suis toute seule, je n'ai pas même le loisir de discuter le coup avec l'un ou l'autre… : "Oh ! Tu as vu cela ? J'adore Robert de Niro !..." ou quelque chose du même genre, bon, je n'ai aucune amie pour échanger, mais celui qui s'occupe de la musique a compris que je suis attirée par le rythme, que je ne peux pas m'en passer, alors il met une autre chanson qui plaît très bien aussi, et je continue… riki, riki, riki, cha, cha, cha… et là, un genou dans le sac, la tête… tout se met à bouger tandis que je regarde les films… Que vois-je ? La petite maison dans la prairie, et avec tous les enfants, les livres à faire, je ne vais plus au cinéma, en plus c'est un sujet sur les sentiments… Et ça ? Qu'est-ce que c'est ? Bref, je me laisse influencer par tout et je n'ai pas l'occasion de voir beaucoup de films et je ne supporte pas ces films qui montent à la tête et qui ne me laissent pas dormir tranquillement. Il y a toujours un livre à résumer, un travail d'étudiant à corriger, un livre à lire ou un documentaire à visionner, je ne vais donc plus au cinéma, en plus celui-ci est particulier, bref, ce n'est pas grand-chose. Oh ! Toute la collection de Starsky et Huch ! Mon Dieu ! (Voix intérieure), mais ça remonte à Mathusalem !... c'est vrai, mais ça m'amuse… Tiens, le brave Mac Giver ! (c'est encore mieux !) la promotion fait qu'en prenant les 6 films indiqués à 3 euros, on fait une réduction de soixante pour cent… Bon, je vais y réfléchir et je vais revenir la prochaine fois. (Que je suis radine !) Je suis venue chercher un cadeau particulier pour une personne spéciale : je trouve un coupe-papier qui a appartenu à un aristocrate, des lunettes de 1768, c'étaient les lunettes d'un musicien, une partition de 1600, un briquet d'un Américain pendant la guerre, bref, tout a été la propriété de quelqu'un… Je suis en extase devant un des vendeurs qui a l'air tout étonné, mais comme je viens de le dire, je suis dans mon monde, c'est à dire que je ne me préoccupe pas du tout de ce vendeur, au pire il a pu s'imaginer des choses… tant pis, vous voyez, c'est ce que me procurent tous ces objets… surtout un jour comme aujourd'hui, j'en avais jusque-là de mes élèves… Toujours est-il que ma danse est maintenant déchaînée, débridée et je m'en fiche, je me mets à danser ouvertement, sans penser à ces gens qui peut-être me voient… Je suis heureuse, très heureuse parce que ce qui procure le plus de bonheur c'est ce qu'on fait de manière inattendue, sans aucun souci, sans y prêter attention et à un moment bien précis. Chiki, chiki, bum, bum, ratata, pin, pin… Je continue à parcourir le magasin où il y a vraiment de tout ! Chic alors ! Je trouve le petit cadeau spécial pour une personne spéciale (ça je ne peux pas le révéler) c'est un sèche-cheveux de professionnel avec tous les accessoires, presque neuf, (enfin, d'occasion) et à côté, plusieurs aspirateurs, des congélateurs industriels, des cheminées… Tout est à bon prix… 14 euros. Je vois que les accessoires sont bien utiles, le prix aussi… et après tout qu'est-ce que ça peut faire qu'il ne soit pas neuf, il est dans sa boîte, il y a la garantie d'un an… c'est bon, je l'embarque… le tout sur un rythme de danse déchaîné.

                                              

 J'arrive à la caisse, le sèche-cheveux et le cadeau spécial dans les mains, toute contente… Je remarque qu'il y a des caméras partout dans le magasin, ce qui veut dire que toute l'équipe de vendeurs m'a vue danser dans le magasin… bon, peu importe, car à certains moments dans la vie, je m'en fiche, on peut bien faire ce qu'on veut, ça n'a rien d'indécent. Je paie le cadeau, le sèche-cheveux et le jeune homme me dit : "Vous allez l'air très heureuse aujourd'hui ! Je réponds que oui, oui, je suis parfaitement contente (je suis heureuse avec peu de choses, entre nous soit dit) j'ai passé un bon moment dans votre magasin… et, continuez à mettre de la bonne musique, de la musique sur laquelle on peut danser…


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