domingo, 29 de mayo de 2011

Ne pas lire, c'est trop long: Personnages ennuyeux, bizarres, lecteurs et conspirateurs

On doit être à Dimanche… Oui, tout juste. J'ai travaillé toute la nuit, comme souvent le samedi. Franchement, je hais les dimanches et surtout les dimanches après-midi. Certains pays comme la France, où les habitants sont conscients de cette baisse morale et éthique qu'occasionne l'arrivée du dimanche après midi, essaient de le contrôler. C'est bien, non ? Ceci n'a pas empêché mon naturel devant de telles circonstances de rester paisiblement sur le sofa, car le chemin qui conduisait à mon lit me semblait interminable… je me suis donc mise à réfléchir. Est-ce possible ? Chien imbécile, non seulement je t'apporte à manger mais tu me fais encore attendre des heures ! Je me suis mise à comparer cette attitude avec la mienne lorsque je vais à la banque ouvrir un compte ou quoi que ce soit. Les malheureux, je leur apporte de l'argent et ils me font attendre ! Ah ! Cette attente est une véritable paresse nationale. On la retrouve continuellement, elle nous poursuit, pour ainsi dire, jusqu'à se fondre à notre vie comme l'ongle et la chair, il faut attendre partout. On doit m'opérer à l'hôpital mais la Sécurité Sociale me demande d'attendre deux ou trois ans, en dépit de la gravité de ma maladie. J'avais dû passer d'innombrables visites, faire un tas de paperasserie qui n'avait rien à voir avec mon cas. Il faut quand même ajouter à leur défense que si l'on meurt, là, c'est vrai, ils sont très rapides (la représentation de la mort est quelque chose de nécessaire à tout être humain et au développement de tout personnage). Aller et venir, faire les cent pas dans les couloirs qui vont d'un lieu à l'autre… C'est vrai, j'ai des fois eu envie de piquer une colère avec la secrétaire qui me traite plus bas que terre, on ne peut pas toujours se taire, n'est-ce pas ? Si vous voulez un rendez-vous avec un conseiller de la mairie pour lui proposer un projet intéressant, il faudra au moins trente six appels téléphoniques, et là, on vous dit, immanquablement qu'il est en réunion. Il faudra se présenter une quarantaine de fois et si vous persistez, munie de toute votre patience, il arrivera bien que la secrétaire vous fera l'immense faveur de vous ouvrir très lentement la porte du bureau tant désiré. Inutile de dire que l'entrevue se conclut par l'inévitable : "Revenez un autre jour". Il est très important de ne pas assister à cela si vous êtes au bord de la crise de nerfs, comme moi aujourd'hui, si vous avez un projet littéraire ou culturel, pour employer un mot universel, qui soit bon, qui vaille vraiment le coup, non, non, non. Il ne faut pas aborder ces lieux ni ces conseillers, agents culturels et autres sortes d'institutions, dans ces cas-là, parce que ces rencontres vous conduiront directement au bord du suicide, comme moi aujourd'hui. Vous n'avez plus la force de continuer à vivre ou alors, vous êtes capable de réduire à néant de manière définitive ce conseiller culturel, ce ne serait pas si mal au fond, l'anéantir.

L'imagination a droit à une réalité concrète, elle n'est au fond qu'une perte de soi-même, une perte surtout de son enfance et de la capacité à inventer une même scène sous divers plans. Tous les jours, je retrouve les mêmes bouffonneries, la musique américaine, plus ou moins sublime, plutôt moins que plus, les devantures ringardes et les regards inconscients qui murmurent des choses désagréables. Nino Bravo continue aujourd'hui de marteler ses refrains pleins d'émotivité à la radio. Cette émotion qui nous prend aux trippes parce qu'on ne sait pas trop d'où ça vient (encore une fois la question des origines) comme si on avait en soi un Fidel Castro, disent les Cubains, ils ne savent plus très bien où se situer, si c'est dans ou hors de leur île. Rien à faire, rien à vendre et rien à dire. C'est encore le vide de la bêtise qui n'est probablement pas si vide que ça, mais c'est l'ennui. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas ennuyée, cela remonte presque à mon enfance où tout me paraissait fade et bizarre, où les heures passaient très lentement, même les étés me paraissaient très longs. Puis tout a changé, tout s'est transformé jusqu'à ce que j'apprenne à tirer partie de tout ce qui semble ennuyeux. La vie semble toujours la même pour la majorité des occidentaux-européens pour se limiter à une espèce toute proche, un ennui terrible. Les bibliothèques, les concerts, les opéras, la prière, peut-être même l'amour, rien n'est très amusant, il n'y a rien de drôle, au moins au début. Puis on fait en sorte que tout change, parce qu'on a reconnu que dans les bibliothèques on apprend à aimer le silence, la recherche, l'amour de la musique, la rencontre des livres rares que personne n'a encore vus jusqu'à ce qu'on les ait en mains, pour la première fois.
C'est le développement de la volonté au fond. Les débuts sont durs et écœurants et créent même cette langueur quotidienne des bibliothèques… C'est là une action dont se fiche totalement l'immense majorité de la population. Ils prennent cela pour des fariboles et on comprend alors que c'est un des débuts de l'isolement social, la conscience de savoir que l'ensemble de nos semblables se moque éperdument de ce que nous faisons ou même nous rejette parce qu'ils sont incapables de faire ce que nous faisons. Un lecteur est toujours un conspirateur, personne ne contrôle vraiment ce qu'il fait. Il prend la mouche. Une fois qu'on a compris ça et devenu un personnage bizarre, s'il en est, il faut poursuivre, non sans oublier que certains, une fois ce niveau de reconnaissance atteint, (reconnaissance de l'extravagance et de l'excentricité) deviennent sectaires et veulent que tous les autres les imitent mais ils cessent alors d'être isolés et partagent seulement leurs affections ou leurs croyances. La véritable fraternité des âmes c'est autre chose… Enfin.
Je me sens moi, reconnaissante à la vie d'avoir à vivre cette époque que nous vivons et d'avoir l'occasion de jouir l'énorme bénédiction des livres. "Les connaissances que te donneront les livres ne t'abandonneront jamais" m'avait dit quelqu'un lorsque j'étais toute petite. Aujourd'hui, nous qui vivons dans des pays développés nous ne connaissons pas notre bonheur.

                                               
Les livres, la lecture accorde la solitude, cette rare solitude qui rend quelqu'un dangereux, suspicieux, c'est une condition indispensable pour pouvoir être une malheureuse universelle, c'est fondamental pour devenir un personnage immortel et avoir son propre monde. Celui qui lit est quelqu'un qui pense et, même harcelé, il continuera toujours de penser, peut-être même qu'il pensera encore davantage, jusqu'à la migraine. Est-ce la préparation au monde de l'imagination ou seulement à la traduction dans les faits, à la traduction en concepts basiques ? Je suis dans cette vie le résultat de toute une série d'effets et à mesure que le temps passe, je ne suis plus une personne mais un personnage. Bref, c'est devenu horrible.
"Le héros sort de chez lui en quête d'aventures", c'est le canon littéraire des matériaux romanesques. C'est aussi ce que je me répète pour voir si je vais enfin sortir de l'ennui de la vie, mais rien. Aujourd'hui fait partie de ces jours de mauvaise humeur, sans égal. On monologue ou on ronge son frein, tout seul sur la scène, on se sent incompris, loin de la réalité du monde qui nous entoure et surtout des témoins oculaires du monde qui sont ces personnes… enfin. C'est un morceau de solitude, un désert. Savoir que tout le monde se fiche de toi ou de ce que tu fais. Il n'y a plus de recherche de l'âme sœur, car on est unique et encore plus si on est un personnage de roman. De là la tendance trompeuse de beaucoup de trouver des tas d'alter-ego et de devenir sectaires, mais soulagés, dans ses travaux quotidiens ou ses croyances les plus profondes.
Aujourd'hui, je me suis levée, un peu troublée, mais je me suis acceptée telle quelle avec cette humeur de chien à l'état pur, haïssant l'humanité, impitoyable et ne regrettant rien, c'est tout simplement du dégoût pour la vie… Que voulez-vous ? Je me suis réveillée un peu Flaubert et un peu Emilia Pardo Bazan, en pleine insolation… Certains comprendront bien.
Toujours est-il que je contemplais avec habileté, puisque c'était un de ces jours anodins où le fait d'exécuter la moindre tâche produit des effets systématiques et vouloir y échapper n'est qu'une simple illusion, ce sont des jours qui nous poussent à nous fondre dans une union quasi parfaite avec le lit ou le sofa ; je contemplais donc, toute absorbée que j'étais, l'immense négligence de mon chien sur le point de se déplacer pour aller engloutir sa pâtée. J'admirais avec étonnement et même épouvante, la funeste similitude entre son comportement paresseux et celui des mortels. "Lucas, c'est ainsi que j'appelle mon chien, viens manger, mon petit !" Je crois bien qu'il ne m'a pas entendue. "Lucaaaaaaaas !" A nouveau. "Viens manger, malheureux." Il se produisit un profond silence, un silence terrifiant. Trois ou quatre heures après - ma perplexité n'a pas de limites - enfin, très lentement, d'une démarche propre au meilleur des danseurs, il daigna se lever et le regard tranquille, semblait dire : "C'est bon, j'arrive, il n'y a pas le feu, maîtresse !"Aujourd'hui, il y a une queue énorme, hier aussi parce que c'était samedi et j'ai dû faire la queue au magasin, des queues interminables au supermarché, et là, on supplie, on pleure, on implore pour pouvoir payer. Ces femmes du troisième âge, pour mettre un nom sur ces femmes en retraite, fourrent partout leur museau plus long que celui d'un ours blanc ou d'un fourmilier, parce que lorsqu'elles voient quelqu'un au physique plus jeune, (elles ne voient pas l'intérieur, heureusement ! Ne parlons pas de la patience qui doit être dans un état plus pitoyable que le leur). Je ne comprendrai jamais pourquoi ce secteur de la société que j'aime tant, je veux parler des petites grand-mères, vient faire ses courses le samedi matin, sachant très bien qu'elles vont enquiquiner celles qui travaillent ! Elles veulent nous montrer qu'elles sont très amies de Nicolàs, le boucher, qui leur a réservé les meilleurs morceaux. Elles ne prêtent aucune attention aux jeunes et essaient par leurs signes d'amitié de nous exclure de manière solennelle. C'est bien triste, c'est très triste d'avoir recours à l'ami Freud pour faire ce transfert de l'enfance où les petites en excluaient d'autres. On en vient alors à faire ses achats n'importe comment, et on hait ces petites vieilles omniprésentes qui savent tout, qui sont indifférentes à tout, car leur vie est derrière elles, mais elles ont parfois plus de jeunesse que nous qui avons le moral au ras des pâquerettes. Je n'ai même pas la force de lutter, il y en a encore quatorze devant moi… Adieu mes petits filets de bœuf bien tendres !...
Tout est lent à nos yeux, tout se retourne contre moi, tout le monde se fiche complètement de mes problèmes et de mes attentes, parce que dans ce pays où la sieste est sacrée, (et maintenant je parle de l' Espagne) l'inefficacité et la lenteur entraînent beaucoup de paresse parce qu'il faut en avoir du courage pour attendre. Faire la queue pour toucher au chômage, faire la queue pour s'inscrire, faire la queue pour avoir des informations, pour refaire sa carte d'identité ou le passeport, la queue pour prendre le bus, pour passer à table, des queues à n'en plus finir, il faut attendre et attendre. C'est la paresse à découvert, c'est la paresse qui décide… Dans cet état de fainéantise physique et mentale, je me souviens d'un article de José de Larra : "Revenez demain". Il a été écrit en 1835 et l'on y parle de ce trait de génie de notre paresse nationale, ce qu'il faut endurer dans les attentes et l'énorme patience qu'on nous demande d'avoir sur cette terre tant aimée et non moins chérie de Lazarillo et du Quijote, notre chère Espagne.
Je pensais à tout cela et aux raisons qui ont fait qu'un jour, il y a treize ans, j'ai envoyé à une édition un projet littéraire, voilà la réponse aujourd'hui… Cela montre qu'ils y ont attaché beaucoup d'intérêt ! Mais treize ans ont passé, j'ai eu tout le temps de mourir vingt fois ! Tiens, voilà l'ennui qui me reprend, comme le temps passe ! Une voix dans le désert, d'autres la cherchent et croient même l'avoir rencontrée : Enfin, voilà la voix ! Je peux maintenant mourir, un livre à la main… Mais au fait, quelle voix ?


miércoles, 25 de mayo de 2011

Un certain 30 janvier 2011

La porte s'ouvrit et en entrant, elle put voir le visage bizarre de sa mère.
- Maman, tu caches quelqu'un ou quoi ?
- Qui ? Moi ? Qu'est-ce que tu racontes ? Qui veux-tu que je cache ? Tu es bien toujours la même avec tes romans, tu imagines des choses qui n'existent nulle part. Allez, allez, tu m'embêtes avec ton imagination furibonde, dit la mère de Gloria.
Luisa, la jeune sœur de Gloria, apparut, nerveuse. On aurait dit qu'elle apportait un message à sa mère. Concha, la mère, fit un signe à Luisa comme pour dire : plus tard, plus tard. Gloria avait bien vu le geste. Elle sentait de l'énervement dans la maison. Elles allèrent préparer les lentilles, car c'était le jour des lentilles et les lentilles ça se prépare.
- Et quoi ? dit la mère, tu ne sors pas voir ton amie Carmen, aujourd'hui ? Tu ne fais pas comme d'habitude ? Tu n'as rien à faire à la bibliothèque ou je ne sais où ?
- Eh bien non. A dire vrai, je n'ai envie d'aller nulle part, j'ai mal à la tête, c'est pour cela que je suis venue vous faire une petite visite, affirma Gloria avec conviction. (Mais, je vois bien que je ne suis pas la bienvenue, pensa-t-elle en son for intérieur) Qu'est-ce qui se passe, aujourd'hui ?
- Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? Rien. Il ne se passe rien. Que veux-tu qui se passe ? disait Luisa.
- Bon, bon, répondit Gloria, je suis venue manger avec vous et je n'ai pas envie de me disputer. Je trouve simplement que vous êtes bizarres. On dirait que vous vouliez cacher quelque chose.
La porte de la salle de bain s'ouvrit? Gloria en resta bouche bée.
- Allons bon ! dit la mère.
C'était la troisième sœur, Isabel que Gloria n'avait pas vue depuis des années. Elle était allée vivre en Irlande, mais ce n'était pas la seule raison. Isabel vivait avec un mari insupportable qui l'avait poussée à rompre toute relation avec sa famille.
- Mais pourquoi me cachiez-vous qu’Isabel était là ? dit Gloria en se précipitant sur Isabel pour l'embrasser.
Elle se rendit bien compte que quelque chose n'allait pas. Elle la trouva mal en point, un œil à moitié fermé, une touffe de cheveux arrachée, du sang sur le visage…
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que tu fais, cachée ici ? Maman, c'est ma sœur, finies les cachoteries. Nous formons une famille, non ?
- Oui, oui… Je le faisais pour toi. Je ne voulais inquiéter personne, dit la mère.
- Mais, arrête de dire des bêtises, bon sang ! dit Gloria d'un ton ferme.
Gloria était peut-être la plus bohémienne de la famille mais aux moments difficiles, elle était la seule à rétablir l'ordre, le calme et prenait la direction des opérations.
- Bon, voyons voir. Pourquoi es-tu là, Isabel ?
- C'est qu’Antonio et moi nous sommes venus à la fête de Carlos. Une fête organisée à l’occasion de la remise de son diplôme, dit Isabel en éclatant en sanglots.
- Caramba ! Mon neveu est médecin ! Déjà… Comme le temps passe. Bon. (Elle essaie de ramener le calme mais veux avoir des explications.) C'est bien, c'est bien, vous êtes donc venus à Madrid pour le diplôme de Carlos et ton mari et toi, vous êtes descendus à un hôtel de luxe, comme d'habitude, n'est-ce pas ?
- Oui, oui, bien sûr.
- Et Carlos est bien…
- Oui, dit Isabel, Antonio est très content. Hier, le doyen l'a félicité et lui a remis la médaille du meilleur élève de sa promotion…
- Eh bien ! Je ne comprends pas pourquoi tu pleures…
Il y eut un silence inquiétant entre les quatre femmes.
- Et ton mari ?
- Elles se regardèrent, complices. Dans le regard d'Isabel, il y avait de la complicité, de la joie, de la sincérité.
La mère se contentait de regarder ailleurs délibérément.
- Mon mari est mort.
- Quoi ? cria Gloria, il est mort ?
- Disons que c'est à cause de moi.
- Répète un peu… (Elle disait cela en se passant les doigts sur le visage et dans les cheveux, elle s'agitait de gauche à droite).
Ses deux sœurs et sa mère étaient là anxieuses, silencieuses, elles assistaient Isabel d'un silence complice.
- Mais, qu'est-ce que tu as fait ? Tu as tué ton mari ? Bien, bien… Euh ! Non, ce n'est pas bien, je veux dire… (elle est nerveuse) Il faut dire que c'était un homme… mais de là à le tuer, Isabel, qu'est-ce que tu as fait, parle…
La mère se mit à dire :
- Il ne s'est rien passé ici, d'accord ? Rien. Ta sœur a toujours été ici, tous ces jours-ci, à s'occuper de nous, d'accord ?...
- Bon, bon, mais, je peux savoir comment ça s'est passé ? Que pensez-vous faire ? Appeler la police ?...
C'est ce malheureux qui a sauvé la vie d'Isabel. Voilà au moins une souffrance qui a servi à quelque chose.
- Pourquoi dis-tu cela, maman ? demanda Gloria.
- Tu connais bien le tourment de ta sœur Isabel. Ce n'est pas la peine que je te rappelle sa situation. Moi, je ne veux pas m'en souvenir parce que j'en ai honte. Dire que le père de tes enfants puisse ainsi se comporter envers celle qui devrait être la femme la plus sacrée.
- Je veux bien ne pas m'en souvenir mais cela ne justifie pas un assassinat.
- Le fait est que ta sœur, à force de souffrir et d'endurer était sur le point de se suicider en se jetant d'une des grandes fenêtres de ce super hôtel où ils descendent quand ils reviennent d'Irlande, comme tu as dit.
- Et…
- Eh bien, par une erreur de cet homme-là… Bon, Antonio, après s'être battu et après avoir voulu donner une gifle à ta sœur comme d'habitude, s'est aperçu que la pauvre malheureuse, fatiguée de n'être considérée pour rien, allait mettre fin à ses jours, a perdu l'équilibre, car ils étaient sur le balcon, et c'est lui qui est tombé.
- Ah !... s'écria Gloria, horrifiée. Bon, bon… (C'est très bien, très bien, se disait-elle) Ne vous tracassez pas, on va enfin se retrouver toutes les quatre… Elle embrassa sa sœur, Isabel, heureuse comme tout. Nous allons faire tout le nécessaire.
- Oui, dit la mère. Nous allons tout faire, tout, tout ce qu'il faut pour convaincre la police.
- D'accord, d'accord.
Gloria partit à la cuisine et prépara les lentilles. Plus tard elles se mirent à manger. Jamais on n’avait vu une telle fraternité. Comme des fugitives après la guerre, comme des rescapées après une catastrophe, elles se retrouvaient autour de la table que la mère présidait. Un sourire complice et triomphal envahissait cet humble foyer.
Ce fut le repas de la libération, un remarquable jour dans l'existence humaine, un certain 30 janvier 2011.

martes, 24 de mayo de 2011

No hay pan para tanto chorizo Capitulo I


Un día, me di cuenta -con mi titulo de investigadora, osea doctora en filologia, filósofa, escritora, madre de tres hijos, de que no tenía ningún futuro en mi país y carretera y manta me dispuse a salir de mi amada tierra en busca de otra mejor donde poder criar a mi familia con mi marido, médico e investigador también. Putadón. Como tantos otros me sentía desgraciada por todo, incluso por haber estudiado tanto ¡me cago en la leche! Por mucho título que tengas y experiencia -en aquel entonces ya tenía algún que otro libro publicado- siendo mamá no te quieren en ningún lugar y mucho menos si tú lo que quieres hacer es investigar. En las Universidades españolas no existe la figura del investigador. Punto. El salario de mi marido, salario de risa e inestable, tampoco daba para nada, cuando nació el tercer bebé le pusieron en la calle sin más compasión...Nos marchamos. Han pasado 8 años. Ahora, aquella misma situación que yo viví se ha multiplicado y se ha radicalizado al punto de que muchos profesionales -si pueden claro porque hay que hablar idiomas- tienen que irse de España para poder vivir. La gente sale a la calle porque no aguanta más. El futuro en este país español es negro porque en su momento llegó el aire fresco y ricachón y todo el mundo pensó que todo el monte es orégano y que España iba bien cuando ya en aquel entonces aquello era una mentira. Los grandes pecunios no se aplicaron en hacer que se pudiera vivir en cualquier lugar de España, más al contrario, se está desertizando en pos de un fomento enorme de la gran ciudad donde se vive a bofetadas y donde de la única manera que se puede vivir es gracias al carácter español. Pero esto a los que se lo curran también empieza a tocarle los huevos, porque la realidad está ahí y por mucha unidad familiar y mucha cañita de hermandad, la peña pasa las de Caín. ¡Cómo va a haber trabajo si todo el mundo quiere trabajar en el mismo lugar! es normal. Pocos son los profesionales que podrían ejercer fuera de una gran ciudad ¿por qué? porque en las ciudades pequeñas, menos en los pueblos, no hay de nada. Toda la pasta, en su momento la que Europa les dio, la han gastado en mejorar el Metro, aquí y allá de la gran ciudad, de esta y de aquella...de resultas que una familia de profesionales y de gente normal, una secretaria y un fontanero -por poner un ejemplo, no puede criar a sus hijos con las facilidades que tendría en una gran ciudad, Escuela de idiomas, no hay un buen Conservatorio, buena guardería, no hay un enorme Supermercado con buenos precios y comida fresca, no hay los mismos espectáculos de teatro, ni de ópera, ni conciertos...la programación de los colegios no es la misma, no hablemos de los institutos...No hay igualdad de oportunidades. No hay trabajo y las casas en esos mismos pueblos medio desiertos también son caras. ¡Qué hacer! En Francia, sí se puede vivir en cualquier lugar, porque cualquier pueblo tiene de todo, absolutamente de todo y nadie está desfavorecido, los mismos conciertos, iguales óperas de un lugar y de otro, espectáculos medievales, exposiciones, cosas de espadachines pueden ser disfrutadas por todo el territorio. La enseñanza pública, cualquier día del año que eligas, estarán dando la misma lección en cualquier colegio del territorio francés, si me apuras, más atención ofrecen en los colegios de la campagne. Hay trabajo, de momento.
Democracia Real, tendrían igualmente que pedir los franceses, porque libertad aquí, lo que se dice libertad no hay ninguna, es un Estado tan policial como cualquiera o más, aunque todos sabemos que cuando algo no les va, la lían. El Estado manipula más que nadie y son innumerables los ejemplos...qué te voy a decir del circo Sarkozy. Los Bancos y su política por aquí hacen estragos con sus leyes que son mucho más duras que en nuestra tierra, aquí si no te llega para pagar tu hipoteca, no es que se queden con tu piso, como yo digo, total...aquí es que vas a la cárcel y no te salva ni la caridad, si las cosas te van mal, te van mal de verdad y de un día para otro. Aquí se protesta cuando les tocan el bolsillo. Ahí está el quid de la cuestión, que cualquiera tiene sus trescientos euros de ayuda del Estado de momento y que dificilmente un individuo se queda atrás, de momento. Sin embargo, es una sociedad que tiene sus diferencias con la nuestra. Aquí dan hostias (sí de fostiar) y en nuestro país a esos mismos que las dan les denunciaríamos ¿o no? El otro día recogiendo a uno de mis niños, según esperaba en la puerta una de las seños, gritaba y zarandeaba a un niño handicapé, por tocar una bici, estando las madres delante ¿qué no pasará cuando no estén? que cada uno piense lo que quiera, pero unos por unas razones y otros por otras...De momento aquí sigo sin poder volver a trabajar a mi tierra que es donde me gustaría. Mañana más.

lunes, 23 de mayo de 2011

Ecole pour enfants, les jouets et les enfants



Comme on dit souvent dans le langage tauromachique "on ne voit pas les taureaux de la même façon derrière les barrières". Pourquoi ? La semaine dernière, j'étais à Madrid (pour ceux qui ne le sauraient pas, je passe une bonne partie de mon temps en France). Je devais présenter et signer quelques livres dans divers salons organisés par le Cercle des lecteurs. J'étais chez ma sœur quand j'ai surpris ma nièce, Marina qui jouait tranquillement avec ses poupées, un cadeau d'anniversaire. Elle était à l'école et comme elle disait, elle passait son temps avec "ses petits". A six ans, elle donnait un cours magistral. Les enfants donnent toujours des cours magistraux. Devant ses baigneurs réunis, tous bien habillés, les yeux fixes, les crayons et les ardoises immobiles, elle se donnait beaucoup d'importance. Ce ne sont que des poupées, auraient dit les adultes. Mais Marina était heureuse de donner ses cours de math, d'apprendre les voyelles, d'apprendre à écrire et elle répondait sur plusieurs tons à des questions qu'elle formulait elle-même. Personne ne lui répondait mais elle inscrivait une note pour chacun de ses élèves disciplinés et silencieux. Elle jouait, elle jouait sans fin, laissant libre cours à son imagination en même temps qu'elle s'inventait une profession : elle discourait devant un public, elle était pédagogue, elle était la maîtresse et partageait ses connaissances à des êtres qui n'attendaient qu'à participer, à comprendre et à apprendre ce qu'elle disait.
On sait bien que la réalité est tout autre.
Ces chères poupées d'enfants riches et super bien habillées, propres et respectueuses, écoutaient leur maîtresse. La réalité de cinquante étudiants dans une classe d'université est bien éloignée de la classe de Marina, mais que dans une mesure. Le professeur se prend pour un perroquet devant une assemblée qui ne répond pas aux questions, se désintéresse du cours et ne savent rien de rien… S'il n'y a pas d'objectif, pourquoi s'en faire ? Je préfèrerais les petits de l'école de Marina. Je pourrais donner libre cours à mes connaissances, je parlerais avec plaisir, je ne m'inquièterais pas du progrès des étudiants, je ne ferais en réalité qu'un monologue. J'adore les monologues et les discours. Vive les petits de l'école de Marina ! Passer de l'enfance à la vie adulte, quel défi ! La vie est un joue.
Marina, tu es et tu seras toujours ma petite savante.

domingo, 22 de mayo de 2011

La question cléricale



Que l'Espagne ait dû lutter contre ce lieu commun qui dit que chaque Espagnol porte en lui un germe clérical n'a rien d'étonnant. C'est que la question cléricale a été une longue épine douloureuse dans notre développement historique. L'Eglise a pris l'habitude de vouloir convaincre contre son gré la personne qu'elle force à écouter. Ce n'est pas cela la religion. Pratiquer une religion implique la liberté de vouloir être là, d'être convaincu de ce que l'on croit, des doctrines, de l'esprit, de la philosophie, de la religion, de ses rites. De toute façon, on doit choisir au plus profond, au plus intime de son être spirituel, de sa personne et cela n'est pas transmissible. Ce n'est pas le cas du catholicisme qui chez nous s'est imposé de force et, au long des nombreux siècles. Il s'est chargé d'éduquer, de 'former' la personne. Et, bien entendu, comme ce n'est pas naturel, pendant que le reste de l'Europe, apprenait à lire, nous autres, nous étions sous le joug de la papauté. Quelle injustice effroyable ! Alors que la France, notre voisine, cultivait les idées des philosophes, interdites chez nous, alors que les esprits se préparaient à l'autodétermination ou à la révolution, nous étions toujours sous le joug ecclésiastique qui fit souffrir tant de milliers d'âmes. L'exemple de Lamennais est célèbre, ce grand philosophe et théologien dont la doctrine a encore des adeptes aujourd'hui et qui reste étonnamment moderne. (Il est à l'origine de ce qu'on appelle en France, la séparation de l'Eglise de l'Etat) Prenons un exemple, au XVIIème siècle, sur sept millions et demi d'Espagnols, il y avait 500 000 prêtres et religieux, ce qui faisait un pourcentage d'un religieux pour 14 Espagnols. Même si le peuple se moque du pape, les rois et les gouvernants sont soumis au Vatican et lui donnent une place qui demeure aujourd'hui encore assez insolite. Le passage à un état laïc n'y a pas changé grand chose, car la menace morale et inconsciente est toujours présente et ce sont toujours les mêmes dirigeants cléricaux qui montent au créneau pour donner leur opinion sur les décisions politiques du pays. Ils ont leurs programmes de télé et de radio très suivis, et beaucoup de responsables restent leurs vassaux. C'est une institution qui se nourrit à deux titres. Non seulement ils reçoivent des bénéfices de l'Etat mais aussi de tous ceux qui reçoivent une morale toute prête, tous ces pratiquants qui sans leur dîme seraient sans doute exclus du salut éternel. Ils ont ainsi accumulé de nombreux trésors.
Au XIXème siècle déjà, Victor Hugo avait dit entre autres choses : "L'Espagne était le premier des peuples, mais elle avait dû vivre à l'ombre de deux ennemis : le roi et le pape. Ce fut mortel…" Malheureusement, ce n'est pas tout. Il faut voir comment ces cléricaux ont transmis une fausse éducation, entendons-nous bien, transmis à ceux qui ont eu l'occasion d'avoir une éducation. La tactique la plus fréquente était l'hérésie. Tous les penseurs laïcs étaient des hérétiques et on ne pouvait étudier que Saint Thomas d'Aquin et sa Somme Théologique. C'était la référence absolue et toutes les idées des professeurs laïcs qui voulaient redresser la tête dans les universités étaient haïes et détruites. Il y avait bien des manières de les exterminer. Une éminence philosophique de l'époque, le père Albarado qui était ce qu'on appelait à l'époque un "puits de science" assénait ce principe dans une dissertation théologique : "Il vaut mieux se tromper avec Saint Augustin et Saint Dominique que d'avoir raison avec Descartes." Tout était dit.
Heureuse époque, paradigme pour une société moderne conviviale, que celle où les musulmans, les juifs et les chrétiens se tenaient la main dans la main et pouvaient partager leurs connaissances, chacun selon ses domaines. Quelle leçon que celle de nos ancêtres qui avaient réussi à faire un pays incomparable, sage et cultivé. Le caractère national, libre de toute entrave fanatique, caracolait en tête du monde industriel avec ses fabriques de cuirs, de laine et de soie. Sur le plan agricole, la spécialité des laboureurs infidèles transformait les plaines de Valence, de Murcie et de Grenade en jardins somptueux. Intellectuellement, les chrétiens de toute l'Europe accouraient à la fameuse école de Cordoue pour entendre des lèvres des maîtres sarrasins, les restes du savoir grec, quasiment disparus sous le flot de la barbarie esthétique.
Jovellanos ou notre Baltasar Gracian qui, à l'époque et dans l'actualité française aujourd'hui encore, étaient considérés comme des penseurs de tout premier plan, sont tombés dans l'oubli dans un pays où la chasse à l'hérétique était devenue une priorité pour les persécuteurs. A partir de ce moment-là, tout, absolument tout était condamnable et on torturait tout le monde. Le Tribunal de l'Inquisition fut une honte nationale, unique, bestiale, satanique, inhumaine. Il a torturé des milliers de gens, ayant recours aux pires méthodes que seuls des esprits "spirituels" pouvaient proposer comme moyens d'extermination. Encore aujourd'hui, le Pape évoque le satanisme de la pédérastie pratiquée par ses partisans qui désormais ne peuvent plus se cacher. Mais, l'horreur est là. Qui peut racheter tout ce qui a été fait ?

jueves, 19 de mayo de 2011

Robert et l'enfant


(La scène se passe dans une salle de clase avec un tableau vert à l'ancienne, couvert de formules et de calculs de physique en tout petits caractères et des formules diverses. Un enfant de douze ans étudie penché sur un livre)
On frappe à la porte.
Personne : Bonjour.
Enfant : (l'enfant regarde, indifférent) Bonjour. (Il continue à étudier dans son livre sans prêter attention à la personne.)
Personne : Puis-je entrer ?
Enfant : Et pourquoi vous ne pourriez pas entrer ? Faites ce que vous voulez.
Personne : C'est bien la classe de Sixième B ?
Enfant : Eh bien, oui, c'est la classe de 6ème B.
Personne : (enthousiaste). Parfait. Et vous faites des maths ?
Enfant : (étonné) Ben oui, c'est une matière importante.
Personne (il rit). Comment ça une matière importante ?
Enfant : C'est ce que dit ma mère, si on connaît les maths et les langues, le reste est très facile.
Personne : Ben, oui, ta mère a raison, j'imagine qu'en dominant ces deux matières et leurs dérivés, bien sûr, le reste n'est plus qu'une affaire d'application, application des mêmes règles. Ceci étant, c'est le succès assuré, c'est pour cela qu'il faut bien étudier.
Enfant : (il le regarde) Vous êtes qui ? Le professeur ?
Personne (avec douceur et amusement) Non, je suis un enfant. Bon, je… c'est bizarre. Je suis inscrit pour suivre les cours dans ta classe.
Enfant : (surpris) Qu'est-ce que vous dites ? Mais vous êtes vieux.
Personne (il rit) Oh là ! Si tu veux…
Enfant : Excusez-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je veux dire que vous n'avez pas les apparences d'un enfant, vous êtes… un vieillard, on dirait.
Personne : Je sais, mais je suis un enfant.
Enfant : Ah bon ! On n'aurait pas dit. Vous êtes un enfant… mais alors, pourquoi avez-vous des rides et des cheveux gris ? Et votre allure… pardon, mais… c'est l’allure d'une personne adulte… comme sur les photos, là…
Personne : Moi, un vieux ? (sérieusement) Tu me parais très malin ! Le fait que j'aie la peau ridée ne signifie rien, les cheveux longs et gris non plus. Je les porte comme je veux. Je fais ce que je veux. C'est ce que tu remarques chez moi, la force ou la capacité de faire ce que je veux. L'extérieur n'est rien en comparaison de ce que je suis intérieurement, tout au fond de moi.
Enfant (il comprend bien ce qu'est le "au fond de moi") D'accord, d'accord… Moi, à dire vrai, je ne fais rien de ce qui me plairait, ça paraît bête mais c'est comme ça, je ne veux que des choses simples.
Personne : Ah ! Oui, simples comme les formules de physique. La vie c'est la liberté d'être, de penser et de faire ce qu'on veut. Pas de vivre à cause des autres.
                                                 
Enfant : C'est ce que je fais, vivre en obéissant aux ordres, je ne fais pas ce que je veux, je ne demande pourtant pas la lune. C'est ce qui nous différencie des adultes, nous les enfants, on croit que les adultes font ce qu'ils veulent et pas les enfants.
Personne : C'est cela, mais ce n'est pas toujours comme ça. Les vieux, à la fin de leur vie, finissent par faire ce qu'ils ne veulent pas faire, on les mène comme des enfants, c'est pour cela que je suis un enfant, mais, je suis comme ces enfants rebelles qui ne veulent qu'une chose : jouer.
Enfant : Bon, vous êtes un galopin comme moi, mais avec un bon quotient intellectuel.
Personne : Et qui me dit que tu es un enfant ? Parce que je vois que tu as un téléphone et un portefeuille sur la table, tu as des livres, un ordinateur, tout ça est à toi ? Et puis, tu es là tout seul… Tu as de ces airs de petit malin, on dirait une grande personne avec des lunettes… Tu vois, c'est moi maintenant qui pose des questions.
Enfant : D'accord, alors, je réponds. Je suis là parce que j'ai été puni, j'ai beau être le plus intelligent de la classe, je ne suis pas respectueux envers mes professeurs, je suis intelligent mais inadapté, c'est ce qu'ils disent.
Personne : Pourquoi ?
Enfant : Parce que je m'ennuie à mourir.
Personne : Toutes ces formules sur le tableau, c'est toi qui les as écrites ?
Enfant : Oui.
Personne : Eh bien, ce n'est pas bien, la formule du coin est fausse, tu t'es trompé de deux centièmes, mais ce n'est pas mal, ce n'est pas mal, je suis content de voir que la physique te plaise comme elle me plaît.
Enfant : Bon, ce n'est rien, je n'utilise pas de calculatrice.
Personne : C'est mieux comme ça, la physique est très amusante comme ça. Le pire c'est lorsque tu commenceras à les oublier. Mais, dis-moi, tu n'as pas l'air d'aimer l'école, tu n'as pas d'amis non plus ?
Enfant : J'aime bien étudier et je n'ai pas le temps d'avoir des amis, c'est le système que je n'aime pas. Je n'ai pas d'amis, non. Pourquoi ? Parce qu'ils se moquent de moi.
Personne : Et pourquoi se moquent-ils ? Tu n'es pas un peu pessimiste ?
Enfant : Non, je ne suis absolument pas pessimiste. Ils se moquent de moi pour bien des raisons que je ne vais pas expliquer maintenant. De toute façon, je préfère être seul.
Personne : Mais, tu dois bien avoir de la famille… des frères et sœurs…
Enfant : Non, je suis fils unique et mes parents sont divorcés. Ce qui veut dire que chacun est de son côté. Ils se sont haïs à mort et après m'avoir fait souffrir énormément, chacun a trouvé un nouveau partenaire et moi, je n'ai plus rien à y faire. Ils me donnent un tas de choses d'adultes : des lunettes, un ordinateur, un téléphone, de l'argent…
Personne : (il se prend de pitié pour l'enfant) Et toi, qu'est-ce que tu voudrais ? Si tu veux, je peux jouer avec toi.
Enfant : (l'enfant le regarde étrangement mais avec un regard heureux) Bon, d'accord… J'ai encore deux heures d'étude et de toute façon, je sais ma leçon. C'est vrai que tu viens au collège ?
Personne : Bien sûr que oui, je suis inscrit à nouveau, je veux refaire mes classes de collège, c'est pour cela que je suis là, parce que j'ai tout oublié. C'est ce que dit le médecin.
Enfant : Ah ! Vous avez tout oublié… mais, moi, je trouve que vous parlez bien quand vous parlez avec moi… Voyons voir. Quel est votre nom ?
Personne : (il se gratte la tête) : Je m'appelle comme je veux, bon je veux dire que c'est selon. En fait, tous les jours j'ai un nom nouveau, aujourd'hui, je n'ai pas de nom, point.
Enfant : (il fait le même geste de se gratter la tête) Bon, c'est bon, mais c'est un mécanisme de défense… Qu'est-ce que vous avez oublié d'après le docteur ?
Personne : Il dit qu'on oublie ce qu'on veut bien oublier pour des raisons que personne ne connaît et qu'au fil du temps, cela finit par s'appeler la maladie d'Alzheimer.
Enfant : Ah bon ! Ça arrive quand on veut.
Personne : Non, pas parce qu'on veut. Je suis physicien et je peux reconnaître toutes les formules – je viens de le faire – et j'ai moi-même fait faire à l'Université de grands progrès, mais de plus en plus souvent, sans savoir pourquoi, la mémoire m'échappe et je ne sais plus rien, je ne sais même plus où j'habite ni comment je m'appelle… plus rien. Je ne sais plus rien, je ne me souviens de rien. Mais, maintenant je te vois, toi.
(un grand silence s'installe entre eux. Ils se regardent longuement.)
Enfant : C'est vrai. Maintenant je vous reconnais. Vous êtes venu au collège, vous veniez des Etats Unis pour nous faire une conférence il y a trois ans. On disait que vous étiez une pointure… On disait qu'on allait vous accorder le Prix Nobel.
Personne : (il hausse les épaules et mets ses mains entre ses genoux en signe d'humilité) Je ne sais plus rien de tout cela. Je ne sais plus, je vis ici, à-côté.
Enfant : (c'est ça, à l'hôpital, se dit l'enfant) Eh bien, moi, j'aime bien être en votre compagnie. Vous êtes plus enfant que moi et je peux être votre père… ou votre frère aîné, c'est cela, votre frère aîné.
Personne : (le vieillard le regarde tendrement en souriant) Oui, regarde, j'ai des billes dans ma poche. (Il lui montre de très jolies billes et des pièces aussi), si tu veux, on va pouvoir jouer… je préfère le collège à la vie de ceux qui sont dehors.
Enfant : Moi, je préfère quelqu'un comme vous. Comment tu t'appelles ?
Personne : Robert.
Enfant : (tout content) Bon Robert, nous sommes à égalité, si tu veux je vais t'accompagner chez toi et nous allons jouer un peu.
Robert : (heureux) D'accord, mon frère.
(Le gamin sort du collège avec le vieillard et l'accompagne jusqu'à la Résidence qui se trouve juste à côté, à gauche de l'établissement. En entrant, ils trouvent le médecin et deux infirmières tout inquiètes. Le médecin montre son inquiétude et dit : "Vous vous êtes encore échappé, professeur. Vous nous avez fait bien peur."
L'enfant répond : "Il ne s'est pas échappé, docteur, le professeur est mon grand-père, il est venu me voir parce que c'est moi qui le lui ai demandé. Mais à partir de demain, c'est moi qui viendrai tous les jours pour l'accompagner et je le sortirai en promenade. D'accord ? Ah ! Mettez dans sa chambre, un tableau, de la musique et plein de jouets."
Robert acquiesça, il était heureux : "C'est cela, c'est cela… mon petit fils va venir…)




lunes, 16 de mayo de 2011

Le tiroir : espace secret de la pensée humaine

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Qu'y a-t-il dans les tiroirs d'un meuble, d'un buffet ? Les tiroirs d'une armoire ? A quoi ça sert ? Quel est leur objet ? Qui les a inventés ? Les tiroirs des meubles, j'ai bien ma petite idée et après des sondages et des statistiques auprès d'amis et de voisins, je suis parvenue à la conclusion que ça ne sert absolument à rien.

Que cachent-ils en réalité ? Est-ce que ça ne serait pas les espaces secrets de la pensée humaine ? Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que c'est la vérité. Faisons une petite analyse ou même, sans analyse, une simple observation de ce qu'il y a dans les tiroirs d'un buffet. Que trouvons-nous ? (Je parle d'une famille de quatre à cinq personnes, parce que pour les célibataires, ça ne fonctionne pas). On peut trouver bien des choses plus ou moins appareillées. Elles ont toujours été côte à côte, je veux dire qu'elles ont résisté aux déménagements, aux guerres, aux divorces… elles reviennent toujours. Je désigne ainsi l'éternelle association : piles, ficelle, ampoules, pince-à-linge. La pile est toujours là, on ne sait pas pourquoi, on ne sait même pas si elle marche encore, mais on n'ose pas la jeter (il y a à cela bien des raisons), la ficelle, c'est magique dans une maison, elle est toujours là et ne sert jamais, l'ampoule, c'est incroyable, sa présence est la marque évidente d'un disfonctionnement, on doit toujours vérifier si elle marche ou pas, mais une fois l'opération réalisée, on la remet dans le tiroir. Si ce n'est pas celle-là ce sera une autre. Les pinces-à-linge, en bois ou en plastique rouge, ne font jamais défaut, on sait pourtant que leur place est sur le séchoir à linge, mais elles s'échappent et fuient leur lieu habituel. Présence omnisciente. Un manuel d'instruction de la cafetière à côté des petites chaussures d'une poupée Barbie, un clic de Famovil, une moto miniature cassée, quelques images de Pokemon, une console de jeu vidéo capable de réjouir la pupille curieuse, un bracelet, une boucle d'oreille orpheline, un élastique. Des bougies, un grand nombre de bougies d'anniversaires, des neuves, des usagées, un briquet qui ne marche plus, des boutons de toutes les tailles, une bobine de fil, une carte de vœux de Noël et une carte postale de l'été dernier envoyée par un des enfants. Je continue. Nous voilà désolés de retrouver cette fameuse tétine qui plaisait tant à Anita et qu'elle a laissée à 7 ans. Il y a encore des photos imprimées sur papier ordinaire, c'est-à-dire, tirées à la maison, un peu chiffonnée mais cela fait déjà 3 ans… C'est l'été où les cousins sont venus et où nous avons passé du bon temps, vraiment, comme le temps passe vite !... Il y a aussi des photos… mêlées aux bonbons à l'anis sans sucre, des sucettes et pas mal de ballons de toutes les couleurs, on ne sait même pas s'ils sont percés ou s'ils peuvent encore servir. Il y a une boule de chewing-gum collé et l'indispensable Bic à moitié cassé pour compléter la collection… Cela nous fait entrer soudain dans une phase nostalgique et nous pensons au temps qui passe. Comment jeter cette tétine d'Anita ou cette petite moto, qui même cassée, me rappelle le jour où Juanito l'a gagnée à Carrefour parce qu'il avait été sage pendant que je faisais les courses… Ouf ! Et on commence à verser quelques larmes et à se demander s'il faut tout prendre et jeter à la poubelle ou bien… Mon Dieu ! Comment jeter tous ces morceaux de vie mis au rancart et cassés ! Ils occupent tout un tiroir pour rien. On n'ose même pas l'ouvrir, tellement on a honte… Si c'était en ordre, on pourrait conserver quelques nappes bien pliées avec les serviettes correspondantes comme dans les maisons de haut standing, mais bien entendu, la nappe est tellement grande qu'elle ne va pas dans le tiroir, on pourrait au moins garder quelques exemplaires des serviettes, mais ça ne va pas non plus, parce qu'elles sont pliées… Il y a des couverts qu'on ne sait plus où mettre… Bref, tout cela ne sert plus à rien, les tiroirs ne servent à rien, les plus grands s'abîment quand on veut diminuer leur espace vital et les petits se rebellent à force d'être ouverts et fermés par la maîtresse de maison. Ce sont ces dernières qui devraient avoir le pouvoir absolu dans les maisons, dans la société, pourquoi est-ce que ce sont elles qui commandent ? Parce que les choses sont comme ça. Elles devraient d'ailleurs avoir beaucoup plus de droit et de prestige dans la société, mais j'ignore pourquoi elles ne l'ont pas. Ce sont des monstres intelligents qui organisent, incitent, pressentent, exercent, ordonnent… enfin, tout ce qu'il faut pour qu'un foyer marche correctement. Et vlan !

Il y a plein de sortes de tiroirs, ceux du buffet de la salle à manger dont on vient de parler, mais il y en a beaucoup d'autres dissimulés dans tous les placards de la maison. Les tiroirs à chaussettes, les tiroirs pour les slips et les culottes… Mon Dieu ! Les tiroirs à cravates. Les immenses commodes débordent de jouets qu’on brise en voulant les faire entrer à tout prix… La seule chose qu'on peut faire c'est de pousser un cri sauvage comme : Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhh ! Quand tout tombe ou qu’on reste avec les poignées dans les mains. Qu'est-ce qui se passe quand le fond du tiroir de la table de nuit tombe parce que le petit de la famille y a rangé quatre journaux, les œuvres complètes d'Harry Potter, trois énormes sacs de billes et quelques cailloux du dernier voyage aux Canaries. Sans parler de 7 petites voitures en acier et autres soldats de plomb. Qu'est-ce qui peut bien arriver ? Au début il s'ouvre mal et se ferme à coups de pieds et finit par coincer complètement parce que c'est un meuble de chez Ikea et on sait bien ce que c'est ! Non seulement il faut se transformer en ingénieur haut de gamme pour monter cette putain de table, mais, une fois montée, elle est montée de travers, il reste des morceaux qu'on ne sait pas où mettre, ou bien elle a mal résisté aux derniers verres de lait qui se sont renversés dessus… Total : la table toute démantibulée, tiroir cassé, tombe en miettes. On pousse des cris de mammouth…
                                                     
Il y a d'autres tiroirs qui, si on regarde bien, produisent des sentiments très étranges, voire surréalistes. Je pense aux tiroirs absurdes où on ne peut rien mettre comme les tiroirs des salles de bain. Qu'y mettre ? Le flacon de Bétadine, un blaireau de rasage que personne n'utilise, des compresses, un bâton de rouge à lèvres, un petit flacon d'alcool que quelqu'un a mis là par erreur, car ce n’est pas la place des affaires à pharmacie, mais peu importe, du coton, des bâtonnets pour les oreilles… mais c'est mal rangé et quand on se lève le matin on se rend compte que le tube de dentifrice n'est pas dans sa boite et que tout est jauni parce que la Bétadine s'est complètement renversée. Nouveaux cris de guerre, en pensée !

On croit toujours que ce qu'on cache dans un tiroir ne sera vu de personne. Quelle bêtise ! On a tendance à croire que nous sommes les seuls à savoir… Quelle naïveté ! Mais bon, ce doit être inconscient. On met de côté et on pense que personne ne va y toucher, erreur. Tu mets de l'ordre et un autre met du désordre. On surprotège les choses dans notre esprit comme la réplique de nos objets, de nos tristes expériences ou des sentiments que nous conservons comme dans le bazar d'un tiroir. Les tiroirs sont le parfait reflet de notre esprit, on garde des choses qui ne vont pas ensemble, on garde des choses qui n'ont pas de sens mais c'est à nous, et nous sommes absurdes, drôles et mélancoliques… on garde, on garde. On s'efforce de ranger dans nos têtes, toutes ces choses comme dans des tiroirs, mais on ouvre et on ferme si souvent et en plus d'autres viennent y mettre des objets qui n'y ont pas leur place et tout s'entasse sans qu'on n'ose jeter quoi que ce soit… Un jour, on décide de tout jeter… et que se passe-t-il ? Eh bien, on retrouve l'éternel casier de pile, ficelle, ampoule, pince-à-linge. On aura toujours des idées, des sentiments, des expériences qui ne nous abandonneront jamais, il vaut mieux s'y habituer. Il faut vivre pour apprendre à vivre. A chacun sa marotte.


viernes, 13 de mayo de 2011

Lorca humilié… un regard des nouvelles générations


On a beau s'entêter, le passé, malgré notre désir de le voir disparaître, revient sans cesse. Nous avons tous un hier qui vient frapper à la porte d'aujourd'hui et mieux vaut le recevoir. "C'est bon, c'est du passé", "c'est du passé, "il faut oublier", voilà des phrases que l'on entend souvent et qui nous laissent perplexes. Pourquoi ? Eh bien, parce que, même si nous voulons éluder le passé, il revient toujours ou surtout les nouvelles générations viendront nous rappeler toutes ces choses du passé…

Je parlais hier avec un très jeune artiste espagnol qui vit en France. On le considère comme une valeur montante de la musique et il me l'a affirmé à plusieurs reprises, il se considère comme espagnol par-dessus tout. La vie nous oblige parfois à prendre des positions et plus encore parmi les artistes et les créateurs dont la nationalité passe en premier après le nom et le prénom. Pour quelle raison ? Dans les conservatoires de France on étudie, cela peut surprendre, quelques auteurs espagnols. Ce mois-ci, les musiciens ont vu ce qu'ont apporté à la musique, entre autres, les chansons anciennes de Federico Garcia Lorca. Le jeune violoniste espagnol a dû traduire quelques partitions de Lorca pour ses camarades et il a étudié sa biographie qui lui a paru très attrayante. Le pauvre ! Quelle souffrance lorsqu'il est tombé sur les passages où l'on parlait de ses dépressions et les ennuis de sa vie de poète andalou. Mais ce qui a le plus ému son esprit d'artiste ce fut le paragraphe où l'on présente la biographie du poète meurtri et le seul fait de le répéter me cause une grande douleur :

"Quand la guerre civile éclata en 1936, il quitta Madrid pour Grenade, tout en sachant pertinemment qu’il allait vers une mort presque certaine dans une ville connue pour avoir l’oligarchie la plus conservatrice d'Andalousie. Il y fut assassiné par des rebelles antirépublicains catholiques par un coup de revolver dans l’anus (en raison de son homosexualité) et son corps fut jeté dans une fosse á Víznar, le sexe coupé dans la bouche. Le régime de Franco décida un bannissement général de ses œuvres jusqu’en 1953 quand Obras completas (très censurées) fut publiées. Ce ne fut qu’avec la mort de Franco en 1975 que la vie et le décès de Lorca purent être discutés librement."

Je suis restée sans voix pendant un instant car, tout en sachant qu'on avait occulté les tortures qu'il avait subies, on ne disait jamais lesquelles et comment Lorca fut assassiné. Je ne vis pas en France pour crier au scandale parce qu'on raconte ces faits de vie. (Il est vrai que les musiciens de cette classe ont autour de 15 ou 16 ans et le petit artiste espagnol se trouve là parce qu'il a un peu d'avance.) Ils doivent apprendre à vivre avec tous ces événements. On a ressorti des faits que je pensais enterrés depuis longtemps. Quand on est étranger, dans ce cas-là, espagnol vivant en France, ce sont souvent les autres qui (avec ou sans mauvaise intention) nous rappellent notre passé et cela sans relâche… Je n'ai pas su quoi dire quand il m'a affirmé : "et ce sont ces sauvages que je représente par ma musique, je suis sûr qu'ils seraient capables de refaire la même chose avec moi ou avec toi… Fallait-il ainsi s'acharner sur un pauvre homme, un homme à l'âme sensible, un poète uniquement parce qu'il avait des idées politiques différentes ? Non. Ils se sont acharnés sur lui à cause de sa vie privée, de sa morale qui n'était pas la même que les autres, de sa pensée, en somme à cause de son homosexualité. Est-ce ainsi que l'on traite les artistes en Espagne ?" dit le blondinet en me regardant avec colère et exigeant une réponse rapide.

- Eh bien, oui, lui dis-je. Il est bien possible qu'ils referaient la même chose avec une personne vraiment différente parce que les Espagnols sont jaloux. Un misérable, un malheureux dans une période d'excitation n'a pas besoin d'être fanatique, s'il avait le pouvoir de décider de la vie d'un grand artiste… il agirait parce que c'est un sauvage, un sadique qui veut décider comme un dieu, ce qu'il veut faire de ce grand trésor adulé par tant de monde.
Pendant les guerres, il se passe des choses terribles, affreuses, honteuses qu'on ne veut même plus considérer… mais, il ne s'agit pas de tuer pour survivre ou d'enlever le pain de la bouche de son propre enfant, il s'agit de la perte de toute valeur, de toute sensibilité de l'être humain. Dans une guerre on tue, mais il n'est pas nécessaire d'humilier.
- Alors, quelle bêtise, quelle honte d'être espagnol.
- Bon, lui dis-je, ce n'est pas toujours comme ça. Tu ne fais que découvrir la vie. Je te rappelle que dans cette guerre à laquelle ton grand-père a participé et que ton arrière-grand-père a dû enterrer quelque part dans ces terres françaises, personne n’est venu à son secours. Oui, je fais allusion aux Français, cette terre qui nous accueille, ici, ceux qui te donnent l'instruction et qui sont souvent si critiques, ceux-là n'ont rien fait pour leurs voisins… Ils voyaient cela comme un problème interne. Les Russes n'ont rien fait non plus. Je te parle comme ça, à grands traits et en faisant un parallèle pour que tu te souviennes que nous sommes sur une terre où personne ne satisfera ta nostalgie patriotique ni tes désirs d'humanité.
- Si j'avais été Lorca, dit le jeune artiste, j'aurais changé de nationalité et je me serais déclaré citoyen du monde ou apatride.



martes, 10 de mayo de 2011

Etranger

Quand on est étranger, tout va mal, mais vraiment tout ou presque tout. J'ai beau y penser, inutile de croire que non, je ne serai jamais comme ceux qui vivent dans leur pays et sont maîtres de leur patrimoine et de leur culture.
J'ai beau faire, je ne serai jamais qu'une étrangère et cela pour toujours. Je ne veux pas dire par là que les gens accueillent mal ceux qui viennent de l'extérieur, je suppose qu'il doit y avoir mille histoires à ce propos et bien des anecdotes que je ne veux pas non plus révéler. Les gens font bon accueil à l'étranger mais tout est relatif. Il ne faut peut-être pas s'attendre à beaucoup plus. Il ne faut peut-être rien attendre de plus de ceux qui nous accueillent, ils n'avaient rien demandé et nous sommes venus comme ça chez eux…

 L'Europe a la même froideur que son climat, mais, il n'y a pas que l'Europe. Il n'est pas facile aujourd'hui de se sentir à son aise dans un pays quand on vient de l'extérieur. C'est une sensation qu'on ne ressent pas et qu'on ne ressentira sans doute jamais. Se sentir étranger en Asie est encore pire si, c'était possible, parce qu'on est physiquement différent, on ne s'y retrouve ni dans les repas ni dans la façon de communiquer avec son médecin par exemple, on n'a rien d'oriental. Je suppose que les gens de couleur doivent en passer par là eux aussi. Je pense que nos médecins devraient y faire très attention.

Il est clair que lorsqu'on sort de chez soi, cela doit arriver à beaucoup de gens, le pire de tout est qu'on ne se sent bien nulle part, on est toujours comme assis entre deux chaises. On a beau s'intégrer de toutes les façons possibles, on reste un étranger et il y en aura toujours qui profiteront de cette "inconscience culturelle", de cette "méconnaissance du milieu", ce vide culturel, parfois impossible à combler et qui favorise l'impression de se sentir un peu perdu et triste comme dans l'immensité de l'océan.

Pour le malheur des uns et des autres on cherche des motifs pour justifier sa présence dans ce pays d'accueil qui en réalité n'accueille pas du tout, on sent cela à Noël surtout ou ces autres dates importantes de la vie, d'autant plus que ceux de chez nous, nos compatriotes ne nous aiment plus. Pourquoi ? Parce qu'on a déserté, parce qu'on a préféré une autre culture, parce qu'on gagne plus d'argent, parce qu'on a eu plus d'audace qu'eux, parce qu'on a un certain succès. Ils perçoivent alors que, dans notre solitude, on ne voit plus rien. On va et vient sans prendre soin de ses parents à leur dernier moment. On n'a pas pu venir à la communion du cousin… enfin, mille choses. On nous le fait payer en nous montrant qu'on est pas au courant de tout ce qui arrive au pays qu'on a abandonné et que maintenant on n'a plus un mot à dire, de sorte que motus et bouche cousue. On ne fait plus partie de leur clan et que dire des enfants ! Ce sont des apatrides.

                                              
 
                                               
Ceux du pays d'accueil nous voient d'un mauvais œil parce qu'on parle avec nos enfants, beaucoup trop vite selon eux, une langue qui leur est inconnue et ils n'aiment pas cela. Mais est-ce qu'une famille française cesserait de parler français en Angleterre ? Bien sûr que non, si nous le faisons, nous, ça ne leur dit rien de bon, nous sommes des étrangers et en quelque sorte nous envahissons leur territoire. Si l'on a une profession et qu'on réussit mieux qu'eux, ça ne plaît pas du tout, parce qu'au fond ils se sentent dépassés, mais cela n'empêche qu'ils nous traitent toujours en inférieurs. Si l'on vient sans profession ou avec une profession qu’ils jugent douteuse, ce n'est pas mieux parce qu'ils ne savent pas à quoi s'en tenir, ils ne savent pas ce qu'on est venu faire. Ceci arrive partout. C'est clair que les Espagnols ou les latinos, nous plaisons à certains et pas à d'autres, les Français, les Anglais, même chose, ne parlons pas des Américains. Les orientaux se protègent davantage et de manière générale ou pour des raisons de langue, mettent plus de temps à s'intégrer ou ne s'intègrent jamais. Bon. Etre étranger c'est être une bête rare, c'est être quelqu'un qu'on n'arrive pas à comprendre. Il y a la prononciation, sans doute, mais aussi le fait de ne pas comprendre ce que l'on dit et de se retrouver seul dans la vie comme un aveugle qui donne des coups de bâton ici et là.
Le problème est que nous sommes toujours là, conscients de ne faire partie de rien et que tous nos efforts sont très artificiels, factices, parce que nous ne voulons pas faire semblant d'être ce que nous ne serons jamais. Moi, je crois qu'il faut continuer à être soi-même même si on réussit à bien s'adapter, disons plutôt, même si on laisse croire qu'on est bien adapté, parce que, pour ma part, je ne pense pas qu'une personne, je veux dire qu'un adulte parvienne à devenir du jour au lendemain une autre personne d'une autre culture, sans souffrir de ces changements. Je pense même qu'il ne faut pas que cela arrive. Cela fait partie du jeu, la croyance (Philèbe de Platon) et l'analyse des concepts du rire et du ridicule provenant de l'ignorance de ce que nous sommes et de ce que nous croyons être, ajoutées à ce que les autres croient que nous sommes. En fin de compte, c'est un jeu bien inconfortable qui ne permet pas de nous libérer mais qui nous fait ressentir une grande tristesse en voyant comment la vie joue parfois de contradictions les plus radicales. Etre étranger signifie aussi n'appartenir à personne, nous n'avons pas d'attaches, nous avons l'esprit libre. Etranger sans atavisme, avoir l'esprit étranger devrait être le lot de toute personne humaine.




Lee y piensa: samaritano o fariseo ¿qué eres?

samaritanos, fariseos...

Los libros sagrados siempre me han interesado en grado extremo y es por ello que mis reflexiones sobre la vida alcanzan también a una de la...