domingo, 22 de mayo de 2011

La question cléricale



Que l'Espagne ait dû lutter contre ce lieu commun qui dit que chaque Espagnol porte en lui un germe clérical n'a rien d'étonnant. C'est que la question cléricale a été une longue épine douloureuse dans notre développement historique. L'Eglise a pris l'habitude de vouloir convaincre contre son gré la personne qu'elle force à écouter. Ce n'est pas cela la religion. Pratiquer une religion implique la liberté de vouloir être là, d'être convaincu de ce que l'on croit, des doctrines, de l'esprit, de la philosophie, de la religion, de ses rites. De toute façon, on doit choisir au plus profond, au plus intime de son être spirituel, de sa personne et cela n'est pas transmissible. Ce n'est pas le cas du catholicisme qui chez nous s'est imposé de force et, au long des nombreux siècles. Il s'est chargé d'éduquer, de 'former' la personne. Et, bien entendu, comme ce n'est pas naturel, pendant que le reste de l'Europe, apprenait à lire, nous autres, nous étions sous le joug de la papauté. Quelle injustice effroyable ! Alors que la France, notre voisine, cultivait les idées des philosophes, interdites chez nous, alors que les esprits se préparaient à l'autodétermination ou à la révolution, nous étions toujours sous le joug ecclésiastique qui fit souffrir tant de milliers d'âmes. L'exemple de Lamennais est célèbre, ce grand philosophe et théologien dont la doctrine a encore des adeptes aujourd'hui et qui reste étonnamment moderne. (Il est à l'origine de ce qu'on appelle en France, la séparation de l'Eglise de l'Etat) Prenons un exemple, au XVIIème siècle, sur sept millions et demi d'Espagnols, il y avait 500 000 prêtres et religieux, ce qui faisait un pourcentage d'un religieux pour 14 Espagnols. Même si le peuple se moque du pape, les rois et les gouvernants sont soumis au Vatican et lui donnent une place qui demeure aujourd'hui encore assez insolite. Le passage à un état laïc n'y a pas changé grand chose, car la menace morale et inconsciente est toujours présente et ce sont toujours les mêmes dirigeants cléricaux qui montent au créneau pour donner leur opinion sur les décisions politiques du pays. Ils ont leurs programmes de télé et de radio très suivis, et beaucoup de responsables restent leurs vassaux. C'est une institution qui se nourrit à deux titres. Non seulement ils reçoivent des bénéfices de l'Etat mais aussi de tous ceux qui reçoivent une morale toute prête, tous ces pratiquants qui sans leur dîme seraient sans doute exclus du salut éternel. Ils ont ainsi accumulé de nombreux trésors.
Au XIXème siècle déjà, Victor Hugo avait dit entre autres choses : "L'Espagne était le premier des peuples, mais elle avait dû vivre à l'ombre de deux ennemis : le roi et le pape. Ce fut mortel…" Malheureusement, ce n'est pas tout. Il faut voir comment ces cléricaux ont transmis une fausse éducation, entendons-nous bien, transmis à ceux qui ont eu l'occasion d'avoir une éducation. La tactique la plus fréquente était l'hérésie. Tous les penseurs laïcs étaient des hérétiques et on ne pouvait étudier que Saint Thomas d'Aquin et sa Somme Théologique. C'était la référence absolue et toutes les idées des professeurs laïcs qui voulaient redresser la tête dans les universités étaient haïes et détruites. Il y avait bien des manières de les exterminer. Une éminence philosophique de l'époque, le père Albarado qui était ce qu'on appelait à l'époque un "puits de science" assénait ce principe dans une dissertation théologique : "Il vaut mieux se tromper avec Saint Augustin et Saint Dominique que d'avoir raison avec Descartes." Tout était dit.
Heureuse époque, paradigme pour une société moderne conviviale, que celle où les musulmans, les juifs et les chrétiens se tenaient la main dans la main et pouvaient partager leurs connaissances, chacun selon ses domaines. Quelle leçon que celle de nos ancêtres qui avaient réussi à faire un pays incomparable, sage et cultivé. Le caractère national, libre de toute entrave fanatique, caracolait en tête du monde industriel avec ses fabriques de cuirs, de laine et de soie. Sur le plan agricole, la spécialité des laboureurs infidèles transformait les plaines de Valence, de Murcie et de Grenade en jardins somptueux. Intellectuellement, les chrétiens de toute l'Europe accouraient à la fameuse école de Cordoue pour entendre des lèvres des maîtres sarrasins, les restes du savoir grec, quasiment disparus sous le flot de la barbarie esthétique.
Jovellanos ou notre Baltasar Gracian qui, à l'époque et dans l'actualité française aujourd'hui encore, étaient considérés comme des penseurs de tout premier plan, sont tombés dans l'oubli dans un pays où la chasse à l'hérétique était devenue une priorité pour les persécuteurs. A partir de ce moment-là, tout, absolument tout était condamnable et on torturait tout le monde. Le Tribunal de l'Inquisition fut une honte nationale, unique, bestiale, satanique, inhumaine. Il a torturé des milliers de gens, ayant recours aux pires méthodes que seuls des esprits "spirituels" pouvaient proposer comme moyens d'extermination. Encore aujourd'hui, le Pape évoque le satanisme de la pédérastie pratiquée par ses partisans qui désormais ne peuvent plus se cacher. Mais, l'horreur est là. Qui peut racheter tout ce qui a été fait ?

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