viernes, 13 de mayo de 2011

Lorca humilié… un regard des nouvelles générations


On a beau s'entêter, le passé, malgré notre désir de le voir disparaître, revient sans cesse. Nous avons tous un hier qui vient frapper à la porte d'aujourd'hui et mieux vaut le recevoir. "C'est bon, c'est du passé", "c'est du passé, "il faut oublier", voilà des phrases que l'on entend souvent et qui nous laissent perplexes. Pourquoi ? Eh bien, parce que, même si nous voulons éluder le passé, il revient toujours ou surtout les nouvelles générations viendront nous rappeler toutes ces choses du passé…

Je parlais hier avec un très jeune artiste espagnol qui vit en France. On le considère comme une valeur montante de la musique et il me l'a affirmé à plusieurs reprises, il se considère comme espagnol par-dessus tout. La vie nous oblige parfois à prendre des positions et plus encore parmi les artistes et les créateurs dont la nationalité passe en premier après le nom et le prénom. Pour quelle raison ? Dans les conservatoires de France on étudie, cela peut surprendre, quelques auteurs espagnols. Ce mois-ci, les musiciens ont vu ce qu'ont apporté à la musique, entre autres, les chansons anciennes de Federico Garcia Lorca. Le jeune violoniste espagnol a dû traduire quelques partitions de Lorca pour ses camarades et il a étudié sa biographie qui lui a paru très attrayante. Le pauvre ! Quelle souffrance lorsqu'il est tombé sur les passages où l'on parlait de ses dépressions et les ennuis de sa vie de poète andalou. Mais ce qui a le plus ému son esprit d'artiste ce fut le paragraphe où l'on présente la biographie du poète meurtri et le seul fait de le répéter me cause une grande douleur :

"Quand la guerre civile éclata en 1936, il quitta Madrid pour Grenade, tout en sachant pertinemment qu’il allait vers une mort presque certaine dans une ville connue pour avoir l’oligarchie la plus conservatrice d'Andalousie. Il y fut assassiné par des rebelles antirépublicains catholiques par un coup de revolver dans l’anus (en raison de son homosexualité) et son corps fut jeté dans une fosse á Víznar, le sexe coupé dans la bouche. Le régime de Franco décida un bannissement général de ses œuvres jusqu’en 1953 quand Obras completas (très censurées) fut publiées. Ce ne fut qu’avec la mort de Franco en 1975 que la vie et le décès de Lorca purent être discutés librement."

Je suis restée sans voix pendant un instant car, tout en sachant qu'on avait occulté les tortures qu'il avait subies, on ne disait jamais lesquelles et comment Lorca fut assassiné. Je ne vis pas en France pour crier au scandale parce qu'on raconte ces faits de vie. (Il est vrai que les musiciens de cette classe ont autour de 15 ou 16 ans et le petit artiste espagnol se trouve là parce qu'il a un peu d'avance.) Ils doivent apprendre à vivre avec tous ces événements. On a ressorti des faits que je pensais enterrés depuis longtemps. Quand on est étranger, dans ce cas-là, espagnol vivant en France, ce sont souvent les autres qui (avec ou sans mauvaise intention) nous rappellent notre passé et cela sans relâche… Je n'ai pas su quoi dire quand il m'a affirmé : "et ce sont ces sauvages que je représente par ma musique, je suis sûr qu'ils seraient capables de refaire la même chose avec moi ou avec toi… Fallait-il ainsi s'acharner sur un pauvre homme, un homme à l'âme sensible, un poète uniquement parce qu'il avait des idées politiques différentes ? Non. Ils se sont acharnés sur lui à cause de sa vie privée, de sa morale qui n'était pas la même que les autres, de sa pensée, en somme à cause de son homosexualité. Est-ce ainsi que l'on traite les artistes en Espagne ?" dit le blondinet en me regardant avec colère et exigeant une réponse rapide.

- Eh bien, oui, lui dis-je. Il est bien possible qu'ils referaient la même chose avec une personne vraiment différente parce que les Espagnols sont jaloux. Un misérable, un malheureux dans une période d'excitation n'a pas besoin d'être fanatique, s'il avait le pouvoir de décider de la vie d'un grand artiste… il agirait parce que c'est un sauvage, un sadique qui veut décider comme un dieu, ce qu'il veut faire de ce grand trésor adulé par tant de monde.
Pendant les guerres, il se passe des choses terribles, affreuses, honteuses qu'on ne veut même plus considérer… mais, il ne s'agit pas de tuer pour survivre ou d'enlever le pain de la bouche de son propre enfant, il s'agit de la perte de toute valeur, de toute sensibilité de l'être humain. Dans une guerre on tue, mais il n'est pas nécessaire d'humilier.
- Alors, quelle bêtise, quelle honte d'être espagnol.
- Bon, lui dis-je, ce n'est pas toujours comme ça. Tu ne fais que découvrir la vie. Je te rappelle que dans cette guerre à laquelle ton grand-père a participé et que ton arrière-grand-père a dû enterrer quelque part dans ces terres françaises, personne n’est venu à son secours. Oui, je fais allusion aux Français, cette terre qui nous accueille, ici, ceux qui te donnent l'instruction et qui sont souvent si critiques, ceux-là n'ont rien fait pour leurs voisins… Ils voyaient cela comme un problème interne. Les Russes n'ont rien fait non plus. Je te parle comme ça, à grands traits et en faisant un parallèle pour que tu te souviennes que nous sommes sur une terre où personne ne satisfera ta nostalgie patriotique ni tes désirs d'humanité.
- Si j'avais été Lorca, dit le jeune artiste, j'aurais changé de nationalité et je me serais déclaré citoyen du monde ou apatride.



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