sábado, 11 de junio de 2011

Aller faire ses courses, en dépassant les bornes et avec peu d'argent


Qu'il s'agisse d'un travail intellectuel ou non, il existe des choses dans la vie quotidienne dont personne ne saura nous délivrer, absolument personne et en général ces choses nous conduisent au monde pratique et terre à terre après une journée de réflexion. Pour moi, après avoir écrit et philosophé – par obligation et non pas par plaisir – je retourne toujours à ce monde pratique avec un certain soulagement. Ce monde quotidien, s'il est parfois un monde de haine peut aussi parfois être un havre de paix, cela permet de remettre les choses en place, d'atterrir et de débarquer de ses nuages. Etre mère ou être à la tête d'une famille n'est guère compatible avec les travaux intellectuels, c'est sûr. Il nous faut penser autrement et tout va bien ! Bon. Après cette courte préface, je passe au thème du jour, sans autre transition.

Aujourd'hui c'est le jour des courses, ça n'a rien d'extraordinaire, au fond. Ce qui est extraordinaire c'est que ça arrive toujours quand on n'est pas dans une super forme et ce jour-là précisément j'ai décidé de faire une cure. Malheureuse ! Je prends le temps de me regarder un peu plus longtemps dans la glace, ce n'est pas si fréquent, je me rends compte que je ne suis qu'une boulimique invétérée, je mangerais n'importe quoi, je mange goulûment tout ce que les autres ont laissé dans leur assiette. Je m'aperçois que des bourrelets apparaissent, je ne peux plus mettre les jeans dans lesquels j'étais si bien, je dois prendre la taille au-dessus pour le soutien-gorge, je suis fatiguée de manger tant de cochonnerie, je finis par me fâcher avec la voisine et ses 'chorizos" que je dévore avec envie… bref, je me dis à moi-même : ça suffit ! Ça commence aujourd'hui. C'est une décision irrévocable : à partir d'aujourd'hui, je me réserve du temps pour moi ! Dommage ! C'est juste le jour où il faut aller faire des courses pour un régiment. L'horreur commence.
J'ai décidé de ne pas aller dans les grandes surfaces parce qu'on ne sort jamais avec ce qui était prévu. La liste de provisions ne correspond absolument pas à ce qui se trouve dans le caddie !

Je laisse tomber la grande surface et je vais dans ce supermarché de toujours, plus petit, sans ces immenses rayons colorés disposés de telle façon que tout compte fait on prend de tout. Non, non, là, ce sont des supermarchés plus personnalisés, les promotions sont à portée de main, encore heureux ! Parce que dans les grandes surfaces, On est toujours accroupi près du sol. Pourquoi ? Parce que c'est toujours dans le rayon du bas que sont les prix les plus avantageux. Un calvaire pour les lombaires. Bon, rien qu'à voir le prix des fruits ou des légumes je n'ai plus aucune envie de continuer le projet de diète que je voulais étendre à toute la famille, parce qu’évidemment, il n'y a pas de raison… n'en parlons plus. Combien de kilos de bettes dois-je prendre pour six ? Dire qu'avec des pâtes et des steaks le tour est joué en un rien de temps. Ça commence mal. Les fruits que je préfère sont à des prix exorbitants… Que faire ? Les seuls que je puisse acheter ce sont ces fameuses et horribles pommes. Bon, je continue. De la viande, des baguettes… Oh ! Ce pain allemand que j'aime tant au petit déjeuner… Voyons pour le petit déjeuner : des céréales – mais pourquoi vais-je aller prendre des céréales alors que le pain auquel on est habitué nous va si bien avec un peu de beurre et de confiture ou bien un peu d'huile et de la tomate. D'accord, pas de céréales. Je prends du pain. C'est vrai que ça fait grossir... Du lait. Je ne supporte pas le lait écrémé et c'est absurde j'ai déjà pris six plaquettes de beurre et autant de fromages. Ici en France, c'est un vrai plaisir. Bon, pas de lait écrémé. En fin de compte je vais prendre les céréales parce que toute la famille n'est pas obligée de se plier à mes manies… Cela fera bien dix euros de plus. De la salade, beaucoup de salade, mais alors, avec des tomates il m'en faut au moins pour toute une armée, tout ça, ça ne fait pas grossir, à moins qu'on y ajoute beaucoup d'huile pour y tremper le pain, c'est justement ce que je fais avec la salade de tomates, c'est évident. Des frites, c'est tellement bon et comme je suis dans un triste état, ça va nous faire du bien… Je prends des frites, sept ou huit kilos. Ma mère dit toujours qu'avec des œufs et des pommes de terre en cuisine il n'y a jamais de soucis… nostalgie… la petite larme, pendant qu'on entend Shakira en fond sonore. Etre la seule étrangère c'est parfois drôle. Un monsieur s'approche de moi et me demande si je m'y connais en pastèque. Voyez-vous cela ! Je lui dis que non, pas tellement, mais je peux lui parler de Borges, de Pablo Neruda ou de Machado, s'il veut, ou encore de Lorca ou de Spinoza. A la fin, je lui dis que moi, avant de choisir un melon je lui parle. Il croit que bien entendu qu'étant espagnole je suis toujours aux fourneaux. Ça va devenir vrai.
                                                
C'est le moment de passer à la caisse, j'y arrive peu enthousiaste, vraiment. Il y a des jours où mon énergie surmonte tout et tout le monde, et je m'en irais bien sans payer, mais aujourd'hui, non, aujourd'hui c'est un de ces jours où tout va mal et le pire c'est que ça se voit. Derrière mon énorme charriot il y a dix personnes. Je crois être en Espagne où les gens sont fous et font toute une histoire si on ne se presse pas, mais je me rends compte qu'on est en France et les gens sont d'une patience extrême. Je me presse pourtant mais je stresse, je m'énerve en voyant tous les gens qui attendent et je commence à tout ranger de manière absurde, je fais n'importe quoi, j'entasse les salades – c'est ce qu'il y a de pire – avec le Roquefort au fond du sac, les yaourts par-dessus, un jus d'orange à moitié renversé, le papier d'aluminium fripé. Je range les sacs n'importe comment et donc tous mes achats sont abîmés. C'est un rangement de femme énervée, schizophrène plutôt. Voilà ce qui m'arrive surtout quand j'essaie de ranger cette immense plante qui n'entre pas dans la voiture. Elle était à bon marché, je n'en ai absolument pas besoin mais je l'ai achetée. La plante m'avait parlé dans le supermarché, si, si, les objets, les végétaux parlent, que voulez-vous ? Je sors comme je peux, je range tout dans le coffre plutôt mal que bien. C'est alors qu'un petit crâneur vient se ranger à côté de moi avec sa décapotable, il me toise, histoire de m'impressionner. Je n'ai jamais été impressionnée ni par un homme ni par une femme – bon, une femme, peut-être – pour une question de voiture. Je m'en fiche complètement. Ce jeune homme ou ce joli-cœur ne se rend même pas compte que je m'en fiche. Aujourd'hui c'est plutôt mes bourrelets qui me préoccupent le plus, mes plis, ma cellulite et pouvoir manger ce qui me plaît sans trop faire de sacrifices. J'ai décidé de ne pas me créer plus de problèmes qu'il ne faut. J'ai décidé que je préfère continuer à écrire pour raconter ces choses comme je le fais en ce moment, n'est-ce pas mon ami, parce que c'est cela qui compte. Je me souviens du triste temps où j'étais maigre mais très maigre (cela n'a pas duré longtemps parce que j'étais malheureuse) et où je me suis mise à cuisiner... eh bien me voilà maintenant entre mes livres et mes casseroles, je crois que je me trouve bien. Ouf ! Encore heureux.



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