Personas que visitan este blog

Quarante ans, quelle chienne de vie !


Comme je ne supporte plus les douleurs d'articulations et autres lésions propres à l'arthrose, mon arthrose est dû au sédentarisme auquel m'oblige la profession d'écrivain-professeur-chercheur, je décide de suivre une cure chez un physiothérapeute ou kinésithérapeute. J'en ai déjà parlé quelque part mais j'y reviens parce que je suis une cabocharde. Si les physio sont ceux qui procurent un peu – très peu – d'amélioration, bien hypothétique, sans solutionner vraiment le problème, ils le font quand même mieux que les neurologues – obsédés par les traitements sauvages qu'ils font endurer et qui sont à base de médicaments et d'infiltrations pour malades mentaux – sans parler des traumatologues – plus entraînés à dépecer un bovin sur la table de cuisine qu'à autre chose – et, bon, pour le moment on va s'arrêter là. Comme ils n'arrivent pas à se mettre d'accord, chacun méprisant l'autre sans pour autant trouver une solution au mal dont je souffre depuis quinze ans, alors je me décide à mettre en pratique, d'une certaine manière, un conseil d'un de ces physio. Il se prend pour quelqu'un d'intelligent sans toutefois avoir le titre de médecin, disons qu'à force de voir tant de lésions, il finit par être raisonnable et écouter le client qui souffre.
Une des phrases qu'il faut bien entendre (même si en son for intérieur on se dit : "Je vais t'en foutre, moi !" en basque ou "Putain" en français), c'est : "Vous devriez abandonner la position assise devant votre ordinateur ou votre table de travail." Je me redis : "Je vais t'en foutre, moi", alors comme ça, je vais abandonner tout ce qui fait ma vie, tout ce que je fais, tout ce que je suis. N'y a-t-il pas une autre solution quand on a un cou comme le mien ? Parce que si la seule solution qu'on trouve maintenant, c'est de tout abandonner et de se consacrer au "dolce farniente", alors je n'aurais plus le moindre putain de sou pour mes recherches. (Si, si, j'ai bien dit "putain de sou", ça fait plus d'effet). Alors, vous ne servez à rien. Les savants sont capables de faire des enfants en éprouvette mais ne savent pas soigner une douleur ? La seule façon serait de réduire les personnes à rien ou de les shooter à la morphine ? Beaucoup mieux l'alcool… Putain !
Le physio ou le kiné (ici en France on les appelle "kinésithérapeute", ils sont les seuls, autorisés par la loi à faire des massages sur la partie douloureuse ou blessée) dit qu'il faut faire de la marche ou de la piscine. Je me demande toujours s'il veut que je me construise une piscine ? En Espagne on a bien une "maremagnum" incroyable, parce que, à ce que je sache, la législation s'applique à tout le monde ou bien chacun fait ce qu'il a envie de faire. Apparemment, un petit massage et puis tu te débrouilles. Mais bon, il vaut mieux laisser de côté ces idées absurdes et se concentrer sur notre sujet. Faire de la piscine. Le reste ça doit être à deviner ou pour faire un symposium chez toi, dans ton esprit plein de doutes, parce que si je lui dis à cet homme-là toute la quantité de problèmes qui s'ajoutent à son idée de "faites de la piscine", je lui bousille le moral et je lui ôte toute envie de continuer à encourager ses patients, je le déprime pour de vrai, sûr.
Je me pose un tas de questions à propos de cette histoire de piscine. Il faut dire que se poser des questions, même si ça me cause bien des maux de tête, est efficace et aide à progresser, à Madrid, ça s'appelle "bourrer le mou" ou "se prendre la tête ". Moi, pour nager, je nage, mais je nage à ma façon, très mal, comme une idiote et à chaque fois, j'ai mal partout, surtout dans la zone lombaire, ça a toujours été comme ça. J'arrive donc à la piscine et tout le monde me regarde, c'est du moins mon impression… et je suis mal, très mal. Je plonge comme si "Hier, j'avais encore 20 ans", et je me rends compte que j'ai justement abîmé la partie critique, le cou. Non, il faut descendre par la petite échelle, chose que je n'ai jamais faite parce j'ai l'impression que c'est réservé aux petites vieilles, mais vraiment décaties. Dans les piscines françaises, surtout s'il s'agit d'une piscine médicalisée, on oblige à entrer dans l'eau par l'échelle, ce qui est un bien mauvais début pour moi. Je me rends compte que, lorsque je descends par cette maudite échelle je me fais mal au pied à cause des barreaux, je suis comme un vrai phoque ou un éléphant des mers au regard du bouillonnement d'eau autour de moi. Alors, tous les gens me regardent, non par parce que je suis belle, précisément, mais parce que je ne fais pas partie de leur club.
                                           
Dans ces endroits-là, n'importe quel vieux de 65 ans et plus est un vrai robot nageur, habitué à l'eau, à la gym, il me regarde avec mépris, si, monsieur, il me regarde d'un air de dire : "Tiens, cette pouffiasse est encore venue prendre la place d'une des nôtres (de 70 ans et plus). Il faut dire qu'elles nagent toutes comme Esther Williams, en son temps bien sûr. Je commence à faire quelques brasses ou à nager sous l'eau, c'est ce que je préfère et tout de suite un moniteur vient me prévenir que dans ce genre de piscine, on n'est pas là pour s'amuser mais pour suivre une thérapie contre la sclérose et l'arthrose, il me raconte un tas de bêtises qui ne font que me déprimer encore un peu plus : "ici, on ne fait pas de plongée sous-marine, pas question, d'ailleurs ça ne vous ferait pas de bien". Bon, ça suffit, je sors de l'eau et je m'aperçois que le niveau baisse…

Après avoir fait quelques mouvements softs, tout le groupe de retraités se met à nager comme lors d'une compétition, il y en a même qui font la nage papillon pour faire la nique à la jeune génération, la mienne, bonne à être jetée au rebut. Très logiquement, en bonne méditerranéenne, j'ai froid en sortant, j'attrape un bon rhume comme je n'ai jamais eu depuis des lustres, et eux, rien, parce qu'ils sont toujours rendus chez leur toubib ou je n'en sais rien… ils sont tous en super forme… Putain !

                                                 
Après tout ça, je me connais, je ne vais pas revenir, c'est évident. Dans cette société, il faut avoir de la pitié, du respect et beaucoup de citoyenneté envers tous les âges, les petits, cela va sans dire, les adolescents, charmants, les jeunes qui s'attendent à être payés 4000 euros pour leur fin de carrière bien méritée, les adultes parce qu'ils sont adultes, les retraités, parce qu'ils sont traumatisés par leur passage à une autre catégorie sociale qui change très vite, les anciens, bien sûr. Et tous ceux qui ont quarante ans bien sonnés ? Pfuttt !!... On ne les regarde même pas. Certains n'ont pas de salaire mais ont une famille, beaucoup ont vu leur rang social se transformer à toute vitesse, ignorés par les plus jeunes qui sont plus intelligents que tout le monde, savent tout et, pauvres petits, sont mal rémunérés !... Nous non plus nous n'avons pas tout ce que nous voulons, beaucoup n'ont pas encore réglé leurs problèmes familiaux, certains en font des dépressions, d'autres en perdent leurs cheveux, d'autres paient le maximum d'impôts pour un avenir incertain, beaucoup sont malades… etc. etc. Mais il faut relever le pays et on se débrouille comme on peut à réparer les accidents de la vie, et pour cela on va voir le kiné, inutilement, probablement, mais enfin...



Publicar un comentario

Entradas populares