domingo, 19 de junio de 2011

Une présence


Je sentais l'odeur horrible de la fumée comme si cela venait d'à-côté. Je sentais, je sentais, c'était une obsession. C'était une odeur insupportable. Gloria était allergique à la fumée, à la fumée de tabac et à chaque fois qu'elle avait cette odeur, elle se mettait à tousser de manière convulsive, ce qui voulait dire qu'elle allait passer une nuit blanche. Mais, cette fois, d'où venait cette odeur puisqu'elle était seule ? Cela l'inquiéta tellement qu'elle demanda au Professeur Vicente Escudero, l'ingénieur qui lui louait la maison, si c'était déjà arrivé dans le passé. Elle lui dit très sincèrement :
- Ecoutez, je n'ai pas fait de cuisine, ni de friture, bien entendu, je n'ai même pas allumé la cheminée, ce n'est pas encore la saison, sauriez-vous me dire d'où vient l'odeur de fumée ?
- Il est possible que ça vienne du chauffage, répondit l'homme, vous savez bien que nous chauffons au fuel, la chaudière est un peu ancienne, c'est vrai…
- Bon, bon, je comprends, monsieur le Professeur Vicente, mais l'odeur qui vient jusqu'à ma chambre, au premier étage et qui doit monter par la cheminée, est une odeur de tabac, il y a quelqu'un qui fume du tabac, un tabac blond. Je le reconnaîtrais entre mille, moi qui n'ai jamais fumé.
- Avez-vous eu des invités dernièrement à l'étage ?
- Eh bien, non… Il y a bien eu mon oncle et ma tante... Peut-être mon oncle Emilio a-t-il fumé, malgré mes interdictions, mais j'ai tout aéré ensuite. Et cela fait un mois de cela.
- Je ne sais pas, Gloria, il y a parfois des odeurs qui persistent… qui s'introduisent. Cela m'est arrivé avec les affaires de ma femme quand elle est décédée. C'est pour cela que j'ai vendu la maison. Je me suis débarrassé de tout ce qui lui appartenait parce que je la croyais toujours à mes côtés.
- D'accord, je comprends parfaitement, Professeur Vicente, mais dans cette maison, il n'y a eu personne, absolument personne, que je sache. Enfin, les présences me laissent indifférente… bon, peut-être que… mais cette odeur de tabac… cette petite odeur horrible qui me fait tousser… bon qu'est-ce que je fais ?
- J'ai une idée, comme il y a des travaux à côté, oui, dans la maison de Justina, l'opticienne, peut-être que… c'est une idée, un ouvrier a pu venir fumer près de la maison, votre fenêtre était ouverte comme toujours – cette manie de tout laisser ouvert ! – Et voilà comment l'odeur est entrée. Après, la température assez douce s'est chargée du reste.
- Bon, n'insistons pas, venez avec moi faire les courses, monsieur le professeur si vous n'avez rien d'autre à faire aujourd'hui.
- Je serais enchanté de vous accompagner, mais j'ai un dîner avec de vieux amis que j'ai connus quand j'étais professeur à Oslo, un vrai dîner, ma chère, c'est une chose que je n'aime pas trop, mais que voulez-vous, chose promise chose due. J'aimerais beaucoup mieux dîner avec vous, juste quelques tartines grillées avec un peu de saumon, mais, on ne fait pas toujours ce que l'on veut.
Ils avaient lié amitié et entretenaient de bonnes relations qui allaient bien au-delà de la froide relation qui lie un locataire à son propriétaire.
                                                         

Gloria cultivait cette amitié avec le Professeur Vicente, quarante ans plus âgé qu'elle, mais cette différence était enrichissante, elle n'en avait jamais eu de semblable, en plus, ils s'entendaient à merveille, on aurait dit qu'ils étaient grand-père et petite-fille, frère et sœur, amis, collègues, oncle et nièce… ou tout simplement deux êtres humains célibataires qui se respectaient, ce qui est bien rare par les temps qui courent. Gloria était professeur-chercheur à l'Université de la ville et le peu de famille qu'elle avait vivait au Pays Basque, de sorte qu'elle était enchantée de trouver quelqu'un comme Vicente en plein Bordelais.
Il s'en alla et Gloria retourna chez elle comme tous les jours, épuisée par son travail, mais bien disposée à le poursuivre. Quand on vit seul, il est difficile d'oublier ses occupations habituelles, il n'y a rien ni personne pour casser le rythme. Elle était seule et l'unique personne qui aurait pu changer ou interrompre cette solitude, c'était elle. C'est comme ça. Gloria reprit son travail et s'endormit. Elle ne se réveilla que lorsque ses lunettes-loupes qu'elle utilisait pour lire lui échappèrent des mains. Elle sentit alors à nouveau l'odeur de tabac, une odeur prégnante de tabac blond. C'était une odeur subtile mais évidente, ce n'était pas du tout le fruit de son imagination. Elle fut sur le point d'aller chercher le professeur Vicente… Il allait sûrement la croire folle !... Il y avait quand même quelque chose d'étrange… Mais qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Elle prit un peu de sirop à la codéine qui l'empêcherait de tousser… L'odeur était toujours là.
Au moment où Gloria allait fermer le flacon de sirop, elle entendit des pas en haut dans la mansarde et elle pensa… terrorisée qu'en effet, quelqu'un était entré et qu'en plus il se permettait de fumer. Elle s'arma de courage et se décida à monter.
Elle pensa aussi que s'il y avait quelqu'un et que ce quelqu'un lui voulait du mal, il l'aurait déjà fait. Courageusement, elle alluma partout, toutes les lampes, et monta l'escalier vers la mansarde. Elle ouvrit la porte. Ses jambes tremblaient et son cœur battait à tout rompre. Elle aurait préféré voir quelqu'un : en effet, la salle était pleine de fumée, mais il n'y avait personne. Personne. La fenêtre était fermée, il était donc impossible d'entrer ou de sortir… Alors d'où venait cette fumée, qu'est-ce que c'était que cette fumée de tabac odorant ? Elle ne vit qu'un livre et elle lut une phrase qu'on avait soulignée. C'était une Bible protestante, pour être précis, ouverte à l'épître universelle de Saint Jude, apôtre, et les versets soulignés étaient ceux-ci : "Et les anges qui n'ont pas conservé leur primauté, mais ont quitté leur propre demeure, c'est pour le jugement du grand Jour qu'il les a gardés dans des liens éternels au fond des ténèbres." (Jude, 1/6)
Gloria resta toute pensive.


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