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Jouer: Peut-on chausser les pantoufles d'un enfant ?


C'est quoi la vie ? La vie est un jeu.
Puis-je mettre les chaussures d'un enfant ? Puis-je me mettre dans la peau d'un criminel ? Dans la peau d'un vieillard qui regarde venir la mort ? Voilà ce que peu ou prou essaie de faire un écrivain. Hier, je crois, quelqu'un répondait très aimablement à un de mes récits où je parlais de revenir du supermarché chargée comme un mulet et le porte-monnaie vide. L'homme, parce que c'était un homme, me disait qu'il avait pitié de moi tout en m'avouant qu'il ne me trouvait pas si mal. Il disait que les femmes se croient toujours trop grosses, alors lui qui les prend toujours en photo avec son téléphone mobile leur fait constater que non, qu'elles se trompent. En vérité, j'ai aimé sa réponse pour diverses raisons dont l'une démontre que le lecteur croit toujours ce qu'on veut lui faire croire. Sur une photo que je publie dans Facebook, on ne peut pas savoir si je suis élégante ou pas, et de toute façon, là n'est pas le problème, l'important est de faire croire aux autres que le texte semble écrit par une femme forte. C'est cela la magie de l'écriture ou tout au moins ça devrait l'être. Jouer avec la réalité et la fiction, avec les mots et les idées, avec les personnages et faire croire au lecteur que tout est vrai. Cela n'a pas d'importance que cela paraisse une fiction, il faut que la fiction passe pour une vérité. Beaucoup de lecteurs pensent que les écrivains se livrent dans ce qu'ils écrivent et très souvent ça n'est pas le cas. Ils pensent que c'est autobiographique mais ils oublient le côté imaginatif, fondamental pour un écrivain. Imagination et observation sont deux éléments indispensables que tout auteur ne doit jamais oublier. Les journalistes ne l'oublient pas non plus, ils doivent surtout observer. Pour eux, l'imagination est moins utile. Mais c'est une autre affaire que je ne vais pas traiter maintenant. Quelqu'un m'a demandé au sujet de mes récits intitulés 'Amnésie' et 'Le sommeil de Tabitha' si j'avais vraiment été au seuil de la mort ou à deux doigts de la folie. Je crois que cela importe peu. Ce qui importe c'est ce qu'on lit et que cela soit crédible, l'auteur puise dans ses sources qui sont l'expérience, l'observation ou l'imagination, peu importe, mais pour les gens ça a beaucoup d'importance. Il y a des choses que l'on peut inventer, d'autres que l'on peut reconstruire. Il y a des environnements et des situations vécus, d'autres qu'on a observés, mais ce n'est pas non plus systématique et chaque auteur a sa technique et au fur et à mesure de sa vie d'auteur, il découvrira de nouveaux ressorts. Voilà pourquoi le temps qui passe, la vie tout simplement a son importance dans la maturité de l'être, de la personne qui écrit ou pour toute personne versée dans le monde artistique. Les enfants, je le vois, je l'ai vu ou je l'ai inventé, jugent leur mère selon que la soupe est chaude ou froide… et j'écris les dialogues. En les lisant il est inutile de se demander si je les ai inventés ou entendus.

Quand un enfant lit, tout lui paraît vraisemblable, ce sont des enfants et eux sont capables d'abstraction tandis que les adultes beaucoup moins. Voilà l'exemple et dit-moi que tu penses? C'est un jeu de imagination...peut être no, peut être, oui :
Jean : Qu'est-ce qu'elle est belle ta mère !
Eva : Oui, la tienne aussi est très belle !
Jean : Ta mère te sert une soupe chaude ?
Eva : Oui, très chaude et la tienne ? Elle se douche à l'eau brulante aussi ?
Jean : Oui, ma mère s'ébouillante sous l'eau chaude. Tout est humide après son bain, les miroirs, les murs, tout… tout brûle.
Eva : Elle ouvre la bouche quand elle se douche ?
Jean : Oui, la tienne aussi ?
Eva : Oui, ça m'inquiète, j'ai l'impression que du feu va sortir par le sèche-cheveux.
Jean : J'ai dit ça à ma mère moi aussi. L'autre jour, je l'ai vue dans une boutique où vont les dames…
Eva : (elle l'interrompt) ça s'appelle un salon de coiffure, Jean.
Jean : C'est cela, un salon de coiffure. Eh bien, je l'ai vue, j'ai vu qu'on lui mettait la tête sous une énorme cloche qui envoyait de la chaleur, mais alors, quelque chose de très chaud.
Eva : Oui, je sais ce que c'est, c'est un sèche-cheveux de salon de coiffure, c'est plus rapide qu'à la maison et là, personne ne nous reconnaît.
Jean : Comment ça on n'est pas connu ?
Eva : Non, personne n'est connu. C'est pour sécher les cheveux mais ça ne tue pas.
Jean : Et alors, ils ne tuent pas parce qu'ils ne savent pas qui s'est.
Eva : Voilà.
Jean : Ah ! Encore heureux, je suis rassuré.
Eva : Ma mère avale des boissons brûlantes, pas que la soupe, la purée, la tisane, le thé, le café, le chocolat, tout, c'est comme du feu.
Jean : Elles sont toutes pareilles. Les mères sont toutes pareilles. La tienne a les cheveux qui se dressent quand elle crie ?
Eva : Oui et ses yeux changent de couleur.
Jean : Ça veut dire qu'elles iront en enfer, c'est ce que j'ai entendu dire au catéchisme.
Eva : Qu'est-ce que tu dis ?
Jean : Tu as bien entendu. Le prêtre dit ça, que le feu est en lien avec les femmes, à cause de la chaleur de l'enfer, de leurs péchés et donc cela a un lien avec nos mères aussi.
Eva : Jean tu ne devrais plus retourner au catéchisme si c'est pour entendre ça. Nos mères font tout chauffer et elles ont la tête chaude, parce que c'est comme leur cœur. Je l'ai vu dans un rêve. J'ai vu un cœur en feu, j'ai vu Jésus et il me donnait le cœur de ma mère et me disait qu'elle m'aimait beaucoup c'est pour ça qu'elles aiment tout ce qui est chaud, la soupe, le chocolat, la douche… le brasier aussi, ma mère a un brasier sous une table.
Jean : Bon, mais ça n'a rien à voir avec l'enfer.
Eva : Bien sûr que non, c'est le signe de son bon cœur, de son affection qui est sous la table, dans la soupe, dans la douche… partout. Il y a la cuisine aussi où elles préparent les boissons et les repas qu'elles donnent ensuite à leurs enfants.
Jean : Alors, ce n'est pas une affaire de sorcière ? J'ai vu comment ma mère mettait des poulets dans le four.
Eva : Ah ! Oui. Pour faire du bouillon de poulet.
Jean : Ce n'est pas ce que font les sorcières ?
Eva : Mais bien sûr que non, c'est de la bonne nourriture. Les mères préparent le repas avec amour et nous le donne tout brûlant pour que ça nous fasse du bien et que ça nous réchauffe les boyaux en hiver.
Jean : C'est vrai, tu as raison. Mais pourquoi est-ce que je n'avais pas remarqué cela avant ?
Eva : Parce que je suis là pour ça, je suis là pour t'expliquer les choses, tu n'as plus qu'à écouter.


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